Vies Fugitives

Vies Fugitives — Un roman collaboratif

Un roman normand entrepris à plusieurs mains

« En partageant avec vous le fruit de cette écriture collective « Vies Fugitives » dans laquelle ils se sont beaucoup impliqués, les auteurs vous livrent les secrets de voisinage d’un petit immeuble d’une ville de province… »
Mot des partenaires

 

Dans un immeuble tranquille de Caen, les locataires apprennent peu à peu la disparition de l’un de leurs voisins. Alors qu’auparavant on vivait sans se préoccuper plus avant des personnes qui nous entourent, la vie de l’immeuble change.

 

Cette disparition déconcertante pousse les habitants à théoriser sur les causes de sa disparition. Ils ne savaient, en vérité, pas grand chose de cet homme : monsieur Kurti. Il était arrivé en France quelques temps plus tôt et longeait les murs.

 

Etranger, chacun en va de son petit commentaire. Ceux qui cherchent à comprendre les motivations d’un départ à ceux qui suspectent l’homme d’avoir été mouillé dans de sales combines.

 

Quoi qu’il en soit, cette disparition sème un vent de déséquilibre sur l’univers paisible de ce petit immeuble de province. Cela pousse les habitants à en apprendre plus sur eux-mêmes et ceux qui les entourent.

Un peu plus sur le projet

Ceci n’est pas une auto-édition puisque le livre découle d’un projet mis en place par la commune urbaine de Caen la Mer et de la Mutualité Française de Normandie. En effet, j’ai eu vent de ce projet via une amie de ma mère qui y a participé.

 

J’ai eu la chance d’assister au vernissage du livre. Ainsi, j’ai pu en découvrir un peu plus sur ce roman collaboratif. L’origine du projet réside dans l’idée d’amener des personnes en retraite à travailler ensemble sur une même entité. Proposé au sein de la bibliothèque d’Alexis de Tocqueville à Caen, ils se sont retrouvés à neuf à travailler sur ce livre commun.

Vies Fugitives est l’aboutissement d’un atelier d’écriture collective, sobrement appelé « Ensemble, devenons écrivain ». Le but de cet atelier était de permettre de réunir des personnes de tout horizon et de travailler à la réalisation collective d’un ouvrage de vie dans le but d’une transmission intergénérationnelle.

 

Le but final de ce projet commun est de faire place à la créativité et à l’imagination. Il permet, à travers la mémoire, la construction d’un récit qui aborde plusieurs thèmes. De fait, ce roman nous parle de l’autre, de l’hospitalité et de l’indifférence aussi.

Un roman collaboratif

J’ai été récemment contactée sur Instagram par un compte qui se nomme simplement RomanCollaboratif ( je vous incite à le suivre ! ) qui a pour objectif de créer une histoire à mille voix. J’ai eu la chance de pouvoir participer à ce projet, en écrivant quelques phrases pour continuer l’histoire d’Hana.

 

Vies Fugitives est un rappel de ce projet collectif, bien qu’il soit certainement plus solide dans le temps et aussi dans son organisation. Cette fois-ci, ce n’est pas un roman à mille plumes mais à neuf plumes. Ce qui rend le travail bien plus pragmatique, je vous l’accorde.

 

J’ai trouvé cette idée formidable. Si on me proposait un jour une telle opportunité, je n’hésiterais pas à me lancer dedans à corps et à cri ! C’est formidable de pouvoir travailler en commun sur un même projet et encore plus quand celui concerne l’écriture.

Chaque écrivain en herbe a pu développer son personnage. Ils étaient parfois deux à travailler sur le même personnage, discutant des implications d’un tel événement sur leur vie, ou se disputant sur le chemin que devait prendre tel ou tel personnage.

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En effet, au cours du vernissage, les écrivains à l’origine de Juliette Deschamps nous ont parlé des discussions cocasses entre elles et le maestro de l’atelier d’écriture Véronique Piantino. Alors que cette dernière souhaitait apporter une petite touche d’obscurité à Juliette — en la faisant avoir une petite addiction à l’alcool —, les deux écrivains n’étaient pas d’accord.

 

C’est là que l’on voit tout l’art d’écrire un roman en groupe et toute l’aventure que cela inspire. Les disputes, les discussions, les désaccords sont une partie prenante de ce roman collaboratif.

Une histoire de huis-clos

Au fond, l’histoire est assez claire. Nous avons affaire à une sorte de huis-clos dont les personnages ont du mal à se sortir. On rencontre peu à peu les habitants de l’immeuble, allant de la boulangère qui loue le local au pied de l’immeuble aux résidents traditionnels.

 

J’ai eu un peu l’impression de retrouver une sorte de Fenêtre sur Cour en version littéraire. Alors le parallèle est très éloigné, il est vrai, mais j’ai beaucoup aimé cette idée de voir les voisins conspirer, s’observer et se critiquer chacun de leur côté.

Au fond, une petite vie bien stable est facilement déréglée par un imprévu, en l’occurence la disparition de monsieur Kurti. Chaque personnage a son moment de gloire, le moment où on découvre ce qu’ils pensent vraiment de ses voisins ou encore des raisons de la disparition de l’homme.

 

Et chaque personnage a aussi une façon différente de réagir à celle-ci et surtout de l’exprimer. C’est bien l’avantage quand on a neuf personnes travaillant sur un même roman, tous ont une manière différente de se lancer dans l’écriture, de manier la plume, ajoutant une touche forte à la composition de l’œuvre.

Des thèmes d’actualité

Pourtant, loin d’être une simple idée de huis-clos, c’est à travers cette disparition que les différents auteurs abordent les thèmes de l’autre, de l’hospitalité et de l’indifférence. On retrouve dans les différents personnages de Vies Fugitives des questionnements actuels.

 

On parle de l’immigration, du ressenti des populations, de ceux qui adoptent une vision bien plus exclusive à ceux qui souhaitent plus d’intégration. C’était intéressant de voir les différents points de vue abordés dans ce livre, certains marqués comme le personnage de Diane ou encore de Thibault, d’autres plus diffus ou fuyant comme Juliette ou encore la boulangère Elise Deville.

« J’ai hâte de passer cette soirée avec ma petite voisine. Je crois qu’elle ne demande qu’à partager de bons moments avec les gens de l’immeuble. Ce dîner tombe à point nommé !  Je lui parlerai de mes origines arméniennes dont elle semble si curieuse et j’aimerais qu’elle m’éclaire sur ses études. L’anthropologie ! A quoi ça peut bien servir ? »
Extrait de Vies Fugitives

 

On réfléchit sur la vie en communauté, sur l’indifférence que nous pouvons ressentir bien que nous vivions parfois à proximité des uns et des autres. C’est traité avec originalité sans gros sabots que nous pourrions voir venir à trois kilomètres.

Une plume à neuf mains

(Bon, c’est vrai que je devrais plutôt parler de dix-huit mains, mais honnêtement le titre ne sonnerait pas aussi bien. Je conserve donc ma plume à neuf mains, vous m’en excuserez.)

 

Ce que je retiens principalement de cette lecture, c’est l’effort collectif qui a été apporté par les différents auteurs. Pour avoir expérimenté le travail d’auteur en ayant écrit mon premier roman, ce n’est pas une mince affaire. Cependant, quand on est seule devant son plan et son ordinateur, on reste en total contrôle de ce qu’on écrit.

Certes, l’histoire peut parfois prendre des libertés et nous pousser dans nos retranchements mais c’est un travail solitaire. Ici, ce n’est pas le cas. Je devine que cela a dû demander un effort différent, pas forcément plus difficile mais différent. J’imagine que certains passages ont dû être retravaillés de différentes manières pour coller à l’écriture d’une précédente partie.

 

Je devine, aussi, que le collectif doit être un incroyable effet booster, vous n’êtes plus seul à vous morfondre sur votre page blanche, mais entraîné par un groupe de personnes ayant le même objectif. Une idée qui me ravit…

Conclusion

Pour finir, je conserve de ce roman bien entendu le projet collaboratif et le concept créé par la bibliothèque Alexis de Tocqueville à Caen — qui est magnifique d’ailleurs — et la Mutualité française de Normandie. Quel beau projet de réunir plusieurs personnes qui ne se connaissent pas autour d’un même objectif !

 

C’est vraiment un concept qui m’intéresse et qui me laisse réfléchir à des opportunités d’avenir, d’autant plus dans les thèmes abordés et dans l’idée de permettre une transmission intergénérationnelle. En plus, c’est un petit livre qui se lit rapidement — une centaine de pages tout au plus. Il aborde des sujets qui sont actuels en n’en faisant pas trop.

 

Plusieurs points de vue sont abordés à travers la vision et les opinions des différents personnages. Il n’y a qu’un seul petit bémol à faire remarquer, ce serait la fin du livre. Je n’ai pas trop compris où comment l’histoire se terminait… Sans doute une fin ouverte. Cependant, ceci n’a pas vraiment d’importance, le parcours et le huis-clos restent finalement les dimensions les plus importantes du livre.

 

Connaissez-vous d’autres entreprises de ce genre dans votre région ? Avez-vous déjà entendu parler de roman collaboratif ? Des exemples ? Seriez-vous intéressé(e) par un tel projet ?

 

« Le secret d’écrire est de ne pas tout dire ! »  Victor Cherbuliez

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