La Tresse de Laetitia Colombani

La Tresse de Laetitia Colombani

Le premier coup de cœur 2019

« On ne sait pas pourquoi, certains livres, avant même leur parution, avant même qu’ils aient été lus, créent le buzz, s’annoncent comme des phénomènes, sont de la graine de best-sellers. C’est le cas avec ce premier roman, « La Tresse », déjà vendu à une dizaine de pays, dont l’Allemagne qui s’est complètement entichée du manuscrit. »
Onlalu, site de critiques et d’informations littéraires

 

Il y a d’abord Smita et sa fille Lalita. Une femme et une fillette indiennes vivant dans la contrée de l’Uttar Pradesh. Elles sont Intouchables. Comme le veut la traditions, la caste se transmet de père en fils, de mère en sa fille. Smita s’est peut-être résignée à son sort, mais elle espère encore pouvoir changer la destinée de sa fille.

 

Puis, il y a Giulia, jeune italienne originaire de Palerme. Elle est passionnée de lecture, prête à aider son père dans l’entreprise familiale. Alors que ses sœurs se désintéressent de l’affaire de leur père, de son entreprise de teinture de cheveux, ce n’est pas le cas de Giulia. Elle aime cette entreprise, elle aime son brin d’Italie et sa quiétude. Sa vie sera bouleversée quand elle rencontrera Kamal.

 

Enfin, il y a Sarah. Sarah Cohen, avocate aux dents longues, associée du cabinet Johnson & Lockwood. Elle a bâti sa carrière sur des années, elle est reconnue pour son travail, sa force et son acharnement. Sa vie entière tourne autour de son cabinet, de ses séances au tribunal, de ses dossiers clients. Tout un monde qu’elle a créé et qu’elle perd irrémédiablement.

 

Trois Femmes, trois continents, trois destins. Ils sont liés par une mèche de cheveux, par des fils longs et soyeux qui tracent une véritable tresse.

Un peu plus sur l’auteur et son œuvre

Laetitia Colombani est une réalisatrice, scénariste, autrice de deux longs-métrages : À la folie… pas du tout (2002) et Mes stars et moi (2008). Elle participe également à plusieurs projets en tant qu’actrice. La Tresse est son tout premier roman.

 

Après des études de cinéma au centre Cinésup à Nantes, puis à l’École Nationale Supérieure Louis Lumières, elle entamera une carrière de scénariste. Elle participe à plusieurs courts-métrages. Elle obtient quelques reconnaissances avec son film À la folie… Pas du tout. Il est récompensé du Prix Sopadin Junior du meilleur scénario.

Son premier roman La Tresse paraît en 2017 aux éditions Grasset. Ce fut rapidement un succès national et même international. Il est d’ailleurs en cours de traduction dans plus de 29 langues. Il remporte le prix Relay des Voyageurs Lecteurs et le Trophée Littéraire 2017 des Femmes de l’Économie. L’autrice obtient aussi le Globe de Cristal 2018 du premier roman. Tout ceci n’est qu’une petite sélection des récompenses de Laetitia Colombani.

 

La Tresse est un roman féministe qui ne fait pas de vagues. Il aborde les obstacles que les femmes rencontrent au sein de la société et de leur vie professionnelle.

Un conte sur les obstacles

C’est avant tout un conte sur les obstacles que nous offre Laetitia Colombani. Elle le présente l’air de rien, mais en fin de roman, on ne peut se départir de cette impression. On a vu défiler devant soi — surtout quand on est une femme — des histoires trop connues. Elles résonnent dans mes oreilles comme des petites clochettes bien agitées.

 

Les sujets abordés dans la Tresse sont tellement actuels. On parle ici de la misogynie, de l’ostracisme et de la xénophobie. L’originalité de ce roman réside dans la façon dont l’autrice traite ces différents sujets. Elle le fait à travers le regard de femmes, sur différents continents.

Il y a bien entendu l’histoire des deux Intouchables criante de douleur, et, sans aucun doute, aussi d’une certaine vérité. Elles sont ostracisées. On les dénigre pour le simple fait d’être nées au sein d’une certaine caste, et en plus d’être nées femmes. L’obstacle qu’elles doivent affronter est évident, mais parfois, il peut être aussi plus sournois. Sarah, cette brillante avocate, doit tout autant faire face à la misogynie au sein de son propre cabinet.

 

Elle est tout aussi représentative de cette époque qui évolue pour la position de la femme au sein de la société et de son environnement, mais qui reste lente. Une terrible impression de faire deux pas en avant pour trois pas en arrière. Les lois, comme le présente l’autrice, régulièrement au sein du roman, ont beau changer, qu’en est-il de la société ?

Une histoire où brille l’espoir

Cela reste une histoire au sein de laquelle on respire la vie, et où on voit briller l’espoir. Il faut bien le dire, cette histoire finit bien pour chacune de nos héroïnes. Ce n’est pas une fin du genre tout le monde vit heureux pour toujours, non, mais c’est un élan d’espoir pour le futur.

 

Peut-être que Giulia est celle qui obtient son « Happy Ending ». Celle un peu fleur bleue dont on rêvait enfant. Les fins de Sarah, de Smita ou encore de Lalita sont moins roses, mais elles n’en restent pas moins extrêmement positives. Elles sont toutes optimistes.

« Mon ouvrage est terminé
La perruque est là, devant moi.
Le sentiment qui m’envahit est unique.
Nul n’en est le témoin.
C’est une joie qui m’appartient,
Le plaisir de la tâche accomplie,
La fierté du travail bien fait.
Tel un enfant devant son dessin, je souris. »
Extrait de la Tresse.

 

Cependant, même au cours de l’histoire, dans les moments les plus difficiles, Laetitia Colombani ne nous refuse, en aucun cas, la possibilité d’espérer mieux pour nos héroïnes. C’est le cas pour Sarah quand elle se rend compte de l’ostracisation qu’elle subit au travail ou même pour Smita quand elle choisit de partir.

Un fil d’Ariane en forme de tresse

Et puis, il y a cette tresse, ce nom donné au roman. Cette tresse que l’autrice utilise comme un fil d’Ariane tout au long de son livre. On se demande comment l’autrice va réussir à réunir ses quatre héroïnes, surtout quand elles viennent de différents continents et de différents milieux.

 

Je ne vous en dirais pas plus sur la fin du livre et surtout sur la résolution de cette rencontre. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé que c’était brillamment amené. J’ai adoré suivre l’histoire de ces femmes, et comment leur rencontre s’est faite.

« En changeant sa lame, l’homme jette un coup d’œil admiratif à la tresse de la fillette, qui lui descend jusqu’à la taille. Ses cheveux sont magnifiques, soyeux, épais. »
Extrait de la Tresse.

 

Au fond, je pense que ce qui m’a particulièrement plu dans cette histoire, c’est la simplicité de celle-ci et sa complexité. Je sais, je sais, c’est contradictoire. Au début, j’ai cru que cela n’était qu’une histoire simple autour de trois jeunes femmes. Au final, cela apporta bien plus de questionnements entre les pages.

Trois femmes, trois générations, trois histoires

La façon dont Laetitia Colombani écrit son récit est sans doute sa particularité. Cela m’a rappelé un peu Trois Femmes Puissantes de Marie NDiaye. Cette fois, pourtant, j’ai été bien plu emballée par l’histoire de ces trois/quatre femmes et le fil ténu qui les relie. De fait, les trois femmes et la petite fille sont séparées des unes des autres. Elles ont aussi différents passés et différentes possibilités.

 

Non seulement nous avons trois femmes sur trois continents. Elles sont aussi de différentes générations. On a d’abord Sarah Cohen et sa petite quarantaine, puis Smita, on est jamais vraiment sûr de son âge, je dirais entre vingt et trente ans, puis Giulia qui, elle, a vingt ans, et enfin Lalita, la petite fille d’une dizaine d’années.

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Elles ont beau avoir quelques années de différence, elles affichent toutes une grande détermination à l’idée d’accomplir leurs rêves ou leurs ambitions. On a bien Smita, déterminée à l’idée d’envoyer sa fille, quoi qu’il lui en coûtera, à l’école. On a Lalita, capable de s’opposer à un maître d’école malgré son jeune âge et sa caste inférieure.

 

Il y a aussi Giulia devant faire face à la société italienne et les traditions qu’elle doit respecter. Elle est tout de même prête à affronter sa famille pour imposer ses idées. Je ne parle même pas de Sarah, qui a toujours été une battante et qui s’attend à livrer son combat le plus difficile au cours de ce roman.

Un coup de cœur et un vent de fraîcheur

Je me rappelle d’un commentaire que j’avais lu sur La Tresse laissée par une autre lectrice qui avait des étoiles pleins les yeux. Je comprends bien son sentiment, car j’ai, sans aucun doute, éprouvé la même chose.

 

C’est certainement mon premier coup de cœur de l’année 2019. Il y avait une fraîcheur dans la vision de la femme à travers le monde et dans les différents domaines que l’autrice aborde.

Elle nous offre une vue sur le monde de l’entreprise et sa misogynie indirecte, le caractère étriqué de certaines traditions et les problèmes que l’on retrouve parfois à devoir combattre sa propre culture. L’autrice les traite cependant avec force ; les femmes ne sont jamais de véritables victimes dans ses lignes, seulement des héroïnes capables de démontrer une grande détermination.

 

Cela m’a rappelé les écrits d’Emmanuel Dongala et sa merveilleuse description des femmes.

Conclusion

Pour conclure, je ne saurais vous inciter plus avant à découvrir ce roman. Il n’est pas très long, tout juste deux cents pages, de quoi vous donner un bel aperçu des talents d’écriture de son autrice. D’autant plus que l’histoire nous transporte dans différents pays aux différentes saveurs.

 

Certes, c’est avant tout une histoire de femmes, mais c’est aussi une histoire de détermination et de force. On ne voit pas souvent cette manière de traiter les problèmes avec un certain optimisme.

 

Car de l’espoir et de la joie, il y a en a dans ces quelques lignes. Suffisamment pour vous permettre de vous immiscer dans la vie de Sarah, Smita, Lalita et Giulia. On se prend à redécouvrir les travers et les désenchantements qu’on a pu connaître par le passé, à réfléchir aux différentes lectures que nous avons pu faire sur tel ou tel sujet.

 

Quoi qu’il en soit, on sort de ce petit livre avec un grand sourire aux lèvres, le cœur réchauffé, prête à se lancer dans une nouvelle journée ou un nouveau projet, le nez en l’air et les yeux brillant d’espoir.

 

« Laetitia Colombani signe un premier roman intitulé «la Tresse», qui noue les destinées alternées de trois femmes puissantes autour du motif capillaire. »
Grégoire Leménager, Bibliobs

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