Kyoto nostalgie

Le doux souvenir d’une journée à Kyoto

Nostalgie Japonaise

Il y a la beauté des lieux, mais aussi des rencontres. J’ai eu la chance des années plus tôt de profiter d’un échange inter-universitaire pour me rendre dans ce pays qui semblait à l’autre bout du monde. Le pays du Soleil Levant, celui qu’on considère, souvent en France, comme le plus éloigné de chez nous.

 

Cela a beau ne pas être le cas ; culturellement, il n’y a pas plus différent. Certes, je n’ai pas vécu cette expatriation comme une véritable expatriée — comme certains pourraient le critiquer. Cela viendra plus tard… J’étais entourée autant par l’université d’accueil que par mes camarades étrangers. Ce fut d’ailleurs une des grandes richesses de ce voyage : les rencontres.

 

Venant de tous horizons, Canada, Maroc, Turquie, Italie, Etats-Unis, Chine et j’en oublie beaucoup, c’était un cocon idéal pour une jeunesse intrépide de découvrir ce que voulait vraiment dire le mot “autre”.

 

Cela fait huit ans que j’ai entrepris ce que certains ont appelé à l’époque une folie. Huit  ans que j’ai foulé pour la première fois le sol de l’aéroport Kansai. Huit ans que j’ai des nouvelles régulières des amis que j’ai rencontrés là-bas.

 

Je ne regretterai jamais ce choix. Ce fut peut-être une  folie que j’ai réalisée seulement le soir précédent mon départ. Comme quoi, mon insouciance a été plus que bénéfique !

 

Tous les reportages, magazines — j’en finis un à l’instant — vous le diront et ils auront raison : le Japon est une dualité en soi. Une dualité entre un modernisme exacerbé et un besoin de conservatisme nécessaire à la perpétuité naturelle.

 

Mes balades au sein de Kyoto en étaient une parfaite illustration. Facile d’accès à seulement une demi-heure en train de Hirakata-shi — ville où se trouvait mon université — il était si facile de s’y rendre le weekend.

 

Mes souvenirs sont encore émaillés de toute sa beauté.

Les Dédales de Kyoto

Il y a un endroit que j’aimais le plus à Kyoto, et c’était loin d’être un temple ou une allée commerciale, mais bien simplement cette rivière qui coule en son centre. Kamogawa traduit communément la rivière aux canards est aménagée de telle manière que les deux berges offrent aux habitants et touristes la possibilité de s’y promener.

Sur les berges d’une rivière

 

Rivière d’été
Le bout d’une chaîne rouge
Pend mollement dans l’eau.
Hara Sekitei (1889-1951)

 

La ligne de train desservant Hirakata arrive juste à côté de la rivière, il était si facile d’y passer quelques temps avant de s’enfoncer dans la ville. Elle n’a rien de vraiment particulier, la rivière ne rentrant jamais vraiment en crue, à l’exception de la période des pluies et encore, elle est un endroit paisible et facile d’accès.

 

Comme beaucoup d’endroits à Kyoto, il se détachait de ces berges, un sentiment de calme et de volupté, un endroit agréable où se détendre et boire un thé. De nombreuses échoppes aiment y installer leur terrasse quand le temps le permet — pour les fans de Starbucks, bien sûr vous trouverez votre compte aussi.

Les allées commerciales

 

Ensuite il suffisait de s’enfoncer dans la ville pour retrouver les folies commerciales japonaises. Je crois qu’ils sont les seuls à avoir développé ces étranges rues couvertes où on retrouve toute une ribambelle de boutiques ; certaines plus loufoques que d’autres, d’autant plus loufoque est la foule de personnes qui s’y pressent.

 

Elles débouchent parfois sur des petits trésors insolites comme un temple bouddhiste et son étang de carpes koi. Je n’ai jamais été une très grande fan des centres commerciaux, et ce genre d’endroit me le rappelait beaucoup, ces allées sont un peu des centres commerciaux à l’air libre.

 

Cela ne m’a pas empêchée de les fréquenter pour retrouver les tappanyaki et autres endroits où on mange et boit autant que l’on le souhaite après avoir payé une cotisation d’entrée. Je ne connaissais pas cela en France, je me rappelle en avoir fréquenté quelques uns en Chine mais leurs systèmes sont très différents. Là, vous avez un buffet, ravitaillé régulièrement par des serveurs et vous piochez ce que vous voulez — les meilleurs sont ceux qui se spécialisent dans les mets sucrés !

 

Je vous mentirais si je vous disais que je ne me suis pas extasiée en découvrant cette différence japonaise, mais ce n’est pas ce qui m’a le plus touchée ou ce que j’ai le plus aimé.

 

La nature prime, et de loin.

Le Japon — La nature dans la ville

 

Cela peut sembler un peu cliché, et pourtant c’est si vrai. Je me souviens de notre première sortie du dortoir universitaire pour aller parcourir les rues d’Hirakata. La découverte d’un petit lopin de rizière entouré par un amas de petites maisons japonaises m’avait laissée un peu interdite.

 

Comment pouvait-il toujours avoir des cultures de riz au milieu de la ville ? Une situation intéressante, pour moi, qui avait été habituée à bien séparer les deux en France.

 

Kyoto, c’était un peu cette même sensation mais en dix à mille fois plus intense. C’est cette ville pleine de modernité avec sa gare centrale, ses étranges avenues commerciales, enclavée entre trois montagnes et un immense lac — Biwa.

 

La ville a beau monter sur les pentes des montagnes, on y retrouve principalement des temples et un peu de cet esprit ancien qui fait rêver les étrangers.

 

Si j’ai un conseil à vous donner, préférez l’automne à toute saison pour vous rendre au Japon. Les cerisiers en fleurs sont magnifiques, c’est certain, mais ils durent si peu de temps qu’il est facile de les louper. L’automne, vous avez bien plus de chance d’en découvrir toutes les rougeoyantes facettes.

Le cachet historique et architectural japonais

Bien entendu on ne peut parler de Kyoto sans évoquer les temples qui l’égaillent et l’agrémentent. Il y en a tant, ils méritent bien que je m’y arrête.

La beauté des bâtiments historiques

 

Je parlerai dans cette partie des temples mais aussi d’un château qui a particulièrement retenu mon attention — fans de littérature soyez avertis !

 

Parmi les temples que je vais citer, il y a les plus connus j’en suis certaine, mais on ne peut les oublier sur la liste des visites que vous avez à faire à Kyoto. Ils sont souvent trop beaux pour qu’on les loupe, certains surtout en saison automnale.

 

Vous avez certainement dû voir sa photographie dans bon nombre de revues traitant du Japon, le Kinkaku-ji est un incontournable. On le connait mieux sous le nom du pavillon d’or en France, et il est aussi impressionnant qu’il n’y paraît sur les photographies que l’on peut découvrir dans les magazines ou sur internet.

 

Un peu moins connu, il y a aussi le Ginkaku-ji, situé à l’autre bout de la ville de Kyoto. On le nomme aussi le pavillon d’argent bien qu’aucune feuille d’argent n’ait été ajoutée à la pagode, au contraire de son frère doré.

 

Vous me direz, c’est le même temple, sans parement d’or, et vous auriez raison. Pourtant, il vaut tout autant le coup pour la beauté de ses jardins secs ou encore son espace moussu qui s’étend contre la montagne qu’il affleure.

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Fushimi-Inari semble être aussi connu que le Kinkaku-ji grâce à ses torii qui tracent les chemins à travers la montagne. La promenade y est si agréable. Pour la petite histoire, sachez que les torii sont pour la plupart des “dons” d’entreprises au temple shintô afin d’obtenir la prospérité.

 

Plus le torii est grand, plus la prospérité est grande. CQFD. Comme quoi la religion, où qu’on se trouve dans le monde, a toujours ce même attrait à l’argent…

 

Il y en a tellement d’autres, pour ne faire que les citer Kyozumi-Dera et Okochi Sanso.

 

Je souhaite pourtant m’attarder sur le Château de Nijo que vous retrouverez au centre de la ville de Kyoto. Je ne sais pas si vous connaissez cette saga le clan des otori de Lian Hearn ? Le premier opus de cette saga se nomme Le Silence du Rossignol, et l’un des acteurs majeurs de ce livre est non pas un personnage mais bien un parquet. Oui, un parquet ! Un parquet chantant indiquant l’arrivée d’un serviteur autant que d’un assassin.

 

L’inspiration vient de ce château où un tel parquet existe. Le château fut construit en 1603 par Tokugawa Ieyasu, grand shogun du début de la période Edo, et surtout grand stratège de cette époque qui redoutait — à juste raison — les tentatives d’assassinats autant que les coups d’état.

 

Prenez le temps d’y jeter un coup d’œil !

Le monde minéral et végétal

 

Marquée par la beauté architecturale, il y bien plus à Kyoto que ces domaines de pierre. Un de mes lieux préférés de Kyoto, printemps comme automne, c’est bien Arashiyama.

 

Vous connaissez peut-être ce nom grâce à la fameuse forêt de bambous où vous pouvez vous balader. Pourtant, il y a bien plus à Arashiyama qu’un sentier de 800 mètres qui puisse susciter un tel engouement des kyotoïtes. Son lac bien sûr !

C’est d’ailleurs pour cette raison que je m’y suis rendue. Il est si facile d’y louer une petite barque et de parcourir le lac. On y admire la couleur changeante des arbres de la forêt et des montagnes environnantes.

 

Vous y trouverez aussi une multitude d’échoppes.  Ils y vendent toutes sortes de plats traditionnels japonais même des okomiyaki (la fameuse omelette japonaise). Si cela vous intéresse, il y a non loin une forêt de singes — où je ne suis pas allée.

 

D’un autre genre que Arashiyama, il y a le sentier des philosophes tout près du temple Ginkaku-ji. Etonnamment, moi qui avait pensé que celui-ci serait fréquenté, je m’y suis retrouvée seule. Les arbres pouvaient bien avoir perdu leurs beaux sakura, le lieu restait magique de sérénité et de beauté.

Un Retour Nostalgique

Plus je me replonge dans mes souvenirs, plus une envie tenaillante me prend. Si je m’écoutais je prendrais le premier billet d’avion en partance pour Kyoto. J’ai une telle nostalgie de cette douceur japonaise !

 

Alors, certes en huit ans, je suis certaine d’avoir quelque peu idéalisé ce pays qui fut mon premier grand voyage. J’ai sans aucun doute fantasmé sur cette douceur de vivre au sein de ce carcan de nature. J’ai oublié la monstruosité des infrastructures ferroviaires et routières.

 

Je n’en doute pas, mais laissez-moi me remémorer de tels souvenirs plutôt que ceux qui ont pu me rebuter par le passé.

La douceur des saisons

 

Il y a trop de beauté dans les changements lents mais visibles des saisons.  On ne peut oublier le rougeoiement de l’automne, la pâleur rosée du printemps, la chaleur humide de l’été.

 

Si vous croyez qu’une pluie diluvienne durant l’été va vous rafraîchir, il faudra sans aucun doute y repenser. Il fait plus chaud après la pluie qu’avant.

 

“L’orage se prépare.
Toutes les feuilles du tremble battent de l’aile.”
Sokan Yamazaki (1465-1543)

 

Comme je l’ai dit plus haut, l’automne est sans doute ma saison favorite. Elle resplendissait au Japon grâce à la beauté de ses couleurs. La contemplation est un art manifeste que vous pouvez apprécier et expérimenter au temple zen de Enko-ji. Profitez de la beauté du jardin assis sur les tatamis du temple dans un silence réparateur.

 

Le printemps apporte, après tout, son lot de monts et merveilles, avec sa floraison et l’émancipation émeraude de son sol. Cela va peut-être vous paraître fou mais vous pouvez vous extasier devant un jardin de mousses à Kyoto. Vous le découvrirez au sein du temple Saiho-ji à l’ouest de Kyoto.

“Quand on partait de bon matin à bicyclette…”

 

J’ai tendance à oublier cette particularité, et pourtant, il me revient rapidement à l’esprit d’avoir pendant un temps possédé un vélo au Japon. Un moyen de locomotion essentiel à tout déplacement.

 

Je ne pouvais peut-être pas l’emmener partout mais il était très utile. Il s’imposait comme un accessoire essentiel pour gagner un peu de liberté.

 

Aussi incroyable et stupide que cela puisse paraître, je suis même nostalgique de ce vélo. 🙂 Il me permettait de me rendre à la station de train la plus proche pour ensuite rejoindre cette ville magnifique de Kyoto.

Conclusion

Vous l’aurez compris, une certaine nostalgie m’envahit à l’idée de mon séjour au Japon. Ne croyez pas que je sois assez ingénue pour oublier le désastre de Fukushima. Cela vous étonnera peut-être mais j’étais au Japon quand la catastrophe s’est produite, en mars 2011.

 

J’ai même fait une partie de mon mémoire sur ce sujet. Je sais bien le désastre environnemental qu’a été cette catastrophe. Il peut sembler étrange que l’on puisse parler de respect de la nature dans un pays qui semble aujourd’hui aussi scarifié.

 

C’est une réalité pourtant, le Japon a un art manifeste pour la préservation de l’environnement naturel autour des constructions qui rivalisent de modernisme. Une dualité qui me plait et qui m’attire. C’est une beauté que l’on retrouve dans les œuvres de Haruki Murakami et notamment 1Q84 ; une véritable chrysalide en développement.

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