Précieux Cadavres

Précieux Cadavres de Dorothée Lizion

Une découverte régionale

« Une belle découverte. Un thriller médiéval. Et le bonus cela se passe à Caen donc je pouvais aisément visualiser certaines actions. Si j’ai eu du mal à entrer dans les premiers chapitres, la difficulté s’est vite estompée. L’écriture a gagné en fluidité et l’histoire m’a happée. » Micelnat, Babelio

 

Caen, 1520. Une série de crimes sanguinolents et terrifiants s’est abattue sur la ville. On retrouve aux lueurs de l’aube les cadavres des grands notables de la cité normande. Tous ont été violemment tailladés, griffés, mordus, dépecés par ce qui semble être une bête féroce.

 

Un loup certainement, cela pourrait même être une bête enragée. Celle-ci a réussi à pénétrer au sein même de la ville. De quoi affoler tout à chacun. Les bourgeois doivent être prévenus, mis en sécurité car on craint le pire. Même le roi se mêle de cette histoire. Il a choisi d’envoyer son meilleur louvetier : Aurèle de Pontalez régler cette affaire de loup enragé.

 

Seulement, Aurèle et son assistant Colin se rendent rapidement compte que les crimes sont plus complexes qu’une simple histoire de bête sauvage. Au fond, on ne connaît que trop bien la citation du philosophe Hobbes : « L’homme est un loup pour l’homme »

 

Au milieu de ces crimes, arrive à Caen une jeune femme ambitieuse et lettrée. Ceci est bien étrange pour une fille de campagne. Son imagination fertile et sa curiosité naturelle l’entraîneront dans sa propre enquête. Une exploration de faits improbables et pourtant liés aux recherches du louvetier.

Un peu plus sur l’autrice et son œuvre

Je ne connaissais pas du tout cette autrice. Par l’intermédiaire d’une médiathèque locale, j’ai découvert celle-ci. ( Je vais pouvoir y présenter mon livre !) On m’a gentiment prêté une copie et je me suis lancée dans la lecture immédiatement. Enfin, pas immédiatement, mais vous voyez ce que je veux dire 🙂

 

Après l’avoir lu, j’ai appris que l’autrice avait publié Précieux Cadavres au cours de l’année 2012. Elle a depuis publié plusieurs romans. De fait, Sous surveillance, son second roman est paru en 2014. Elle a d’ailleurs remporté le Grand prix VSD du polar pour ce roman. Ce fut un coup de cœur du président du jury.

Rouille Sang, la suite de Précieux Cadavres, fut publié en 2016. Enfin, je ne suis pas certaine que cela soit une suite. L’autrice y reprend son personnage principal Aurèle de Pontalez. La mue de l’assassin a été publié en 2017, suivi en 2018 par Mille Larmes mènent au mal. Rouille Sang a reçu le prix Ça m’intéresse Histoire 2016.

 

Originaire de l’Orne, j’ai beaucoup aimé ce premier roman aux descriptions graphiques. Dorothée Lizion les élabore minutieusement. Ceci s’explique grâce à la profession de notre autrice. En effet, elle est doctoresse en étiopathie et professeure en neurologie vasculaire à la faculté de Rennes.

Une lecture fluide et agréable

Je n’ai eu aucun mal à me lancer dans ce roman historique, et à découvrir cette histoire de loup enragé. Le dénouement final s’en éloigne grandement. Cela m’a un peu fait penser à la bête du Gevaudan. Ne vous inquiétez pas, l’autrice ne s’est pas engagée dans une nouvelle adaptation de cette fable.

 

Son projet est bien plus original et, à la fois, plus ambitieux. Non, ici, on parle médecine et surtout chirurgie, en tout cas ses débuts. Je n’y connais rien dans ce domaine. Je suis complètement profane, mais je n’ai eu aucun mal à suivre les descriptions de l’autrice. On est plongé dans une envie de comprendre les causes exactes des meurtres qui s’égrainent autour de Caen.

C’était aussi agréable de se retrouver dans un univers connu, comme Caen. C’est vrai, j’y ai fait mes études, et j’avais hâte de m’orienter dans cette ville à travers les écrits de Dorothée Lizion. Attention, cependant, et je mets cela vraiment à son crédit, vous aurez certainement du mal à reconnaître certains endroits ou descriptions faites par l’autrice. Rappelons-nous que Caen a été à 80% détruite au cours de la seconde guerre mondiale. Une bataille de la libération ne porte pas le nom de la ville pour rien.

 

Ainsi, vous serez peut-être étonnés de savoir qu’il y avait une île au sein de Caen au Moyen-Âge. Vous le saviez ? Moi, pas. Comme quoi, on ne connait jamais vraiment les endroits où on évolue sans en fouiller l’histoire.

L’attention de la description et du détail

Tout cela m’amène à mon second point et à l’une des grandes forces du livre : le pouvoir de la description et du détail. De fait, Dorothée Lizion, sans se lancer dans des descriptions excessives qui pourraient figer le récit, réussit avec finesse à nous entraîner dans l’histoire, aussi bien avec un petit h qu’un grand H.

 

J’ai adoré me plonger dans le Caen moyenâgeux avec ses quartiers connus, ses bâtisses toujours présentes. Dorothée nous parle de la rue froide, du quartier Saint-Pierre, de l’abbaye aux Dames, l’abbaye aux Hommes, de tous ces bâtiments qui existent encore et que la ville réussit aujourd’hui à mettre en valeur.

Le seul maillon manquant à l’appel, et pourtant toujours présent, serait le château de Guillaume le Conquérant, mais après tout, nous n’avions pas besoin de le voir évoqué ici. Au-delà de la description architecturale, je me dois de mentionner les détails précis de l’anatomie humaine.

 

Tout est bien là, tout réside ici, le véritable sujet du livre reste l’anatomie et le problème des dissections proscrites par le Clergé. Cela me rappelle un tableau de Rembrandt : La leçon d’anatomie du Docteur Tulp. Quoi qu’il en soit, l’autrice nous fait vivre plusieurs autopsies, et surtout la découverte des cadavres avec une certaine proportion à nous faire comprendre par le menu détail leur condition.

 

Après, rien n’est dans l’excès comme le roman l’est en lui-même, nous ne sommes pas excédés par les détails ou paralysés dans notre lecture par trop de descriptions.

Des personnages un peu attachants

En ce qui concerne les personnages, je dois avouer que je ne me suis pas attachée plus que cela à ceux-ci. Sans doute un peu plus au louvetier, Aurèle de Pontalez, bien qu’il semble un peu dénué d’émotions. C’était sans doute la volonté de l’autrice. Entre ce personnage froid et la personnalité un peu plus fougueuse et extravertie de la jeune femme Carméla.

 

J’ai beaucoup aimé d’ailleurs le revirement des deux personnages en fin de parcours, bien qu’Aurèle continue à conserver ce côté nonchalant en comparaison de Carméla. Cette dernière se fait plus froide et calculatrice. Je vous laisse découvrir la suite de ces impressions lors de votre lecture.

Cependant, je dois bien avouer qu’ils ne sont pas la force du livre. Bien qu’on se plaise à suivre le raisonnement d’Aurèle principalement — Colin n’étant qu’un trouble-fait plus qu’autre chose —, on en sait très peu sur ces personnages et notamment leurs sentiments profonds.

 

J’ai d’ailleurs aimé cette perspective d’écriture. Dorothée Lizion n’utilise pas ses personnages comme pierres angulaires du roman. Alors que je pensais qu’ils devaient être la clef de voûte d’un récit, avec Dorothée Lizion, je me rends bien compte qu’ils ne le sont pas. Pourtant, le roman fonctionne parfaitement bien. Les personnages peuvent être, ainsi, tout à fait au service du roman.

On est embarqué par l’intrigue

L’intrigue réussit donc à nous transporter d’un bout à l’autre du roman. J’ai lu quelques avis sur celui-ci disant que les lecteurs avaient eu du mal à se mettre dedans. Ce n’est pas mon cas. J’ai été transportée de bout en bout. Certes, ce n’est pas un mince roman historique mais il se lit tout de même rapidement, comme tout bon livre policier, bien ficelé.

 

On a envie de comprendre l’origine de ces meurtres, et les raisons de ceux-ci. Bon, j’ai rapidement compris ces dernières, mais je pense sincèrement que c’est dû à la discussion que j’avais eue quelques jours plus tôt avec la personne m’ayant prêté le livre. Il n’en reste que je n’avais qu’une partie de l’intrigue devinée quand je suis arrivée en fin de parcours. Cela n’a en rien affecté mon sentiment vis-à-vis de la conclusion de ce roman.

Envie de découvrir mon premier roman Trois Empires — Éveil ?

« Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.
La devise marquée sur la grande horloge que supportait le beffroi du pont Saint-Michel laissa perplexe Aurèle de Pontalez.
— un Dieu, un Roi, c’est un fait, mais une Foi, une Loi sont de trop dans cette ville qui a connu autant d’atrocités. »
Extrait de Précieux Cadavres.

 

On a envie de comprendre comment ces bourgeois peuvent disparaître aussi facilement ? On a envie de savoir pourquoi ils sont tailladés de telle ou telle manière ? Il y a plein de questions au cours de ce roman auxquelles l’autrice réussit à répondre sans couac.

La hâte d’en apprendre plus

Pour ce qui concerne la suite de ce roman, je ne savais pas que Dorothée Lizion avait repris son personnage principal pour l’entraîner dans une nouvelle épopée, cette fois-ci en dehors de Normandie. Je me laisserai facilement tenter par cette lecture, d’ailleurs !

 

« Au moment où ils disparurent dans l’ombre, il ne vit pas la lame bien aiguisée qui scintillait au bout de la manche de la jeune femme…»
Extrait de Précieux Cadavres

Je vais sans aucun doute acheter ma propre version de Précieux Cadavres ainsi que de Rouille Sang. Il est vrai que je pourrais lire d’autres œuvres de cette autrice, notamment Sous surveillance qui semble avoir rencontré un beau succès. Néanmoins, je ne suis pas particulièrement emballée par le résumé, je verrais donc, à l’occasion.

 

Rouille Sang semble être une histoire tout aussi alambiquée que celle de Précieux Cadavres, une attaque animale qui cache peut-être plus que cela. Je vous en ferais une chronique dès que j’aurais mis la main dessus. En attendant, je passe à une autre lecture 🙂

Conclusion

Pour conclure, si vous ne connaissez pas cette autrice et aimait les romans historiques, je vous conseille fortement de vous lancer dans sa lecture. C’est un mélange détonnant entre le thriller policier et la trame historique. En plus, profitez pour une fois que l’intrigue ne se déroule pas à Paris pour découvrir une autre partie de la France et notamment cette si belle Normandie.

 

Je m’enflamme un peu, il est vrai !

 

Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé qu’on entrait assez facilement dans l’intrigue, on suit avec attention les pas d’Aurèle et Colin dans cette recherche du responsable de tous ces meurtres. Est-ce vraiment un animal ou plutôt un homme comme on le comprend assez vite ? Et quel genre d’homme pourrait être capable d’un tel crime ?

 

Bien des questions que l’autrice ne manquera pas de conclure proprement en fin de roman et tout cela avec un petit twist final qui nous fait hausser un sourcil de surprise et d’enthousiasme.

 

Hâte de lire une autre aventure d’Aurèle de Pontalez.

 

« Un sujet qui peut paraître banal mais très vite l’histoire prend une toute autre tournure grâce au louvetier, arbalétrier très rationnel et justicier. Jusqu’à la fin du roman l’auteure nous surprend, c’est très agréable. »
Emile, Babelio.

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