peur de l'autre

La peur de l’autre

Une lutte de tout instant ou un débat mal abordé ?

Après mon article sur la laïcité, je pensais aussi écrire un article sur la peur de l’autre. C’est une caractéristique intrinsèque du racisme. Je suis plongée en ce moment dans mon second roman. Cette fois-ci, ce ne sera pas un roman de fantasy mais un roman policier.

 

Pour vous faire comprendre mon propos, sachez que j’y aborde bien la question de la discrimination et de la peur de l’autre. C’est vraiment un sujet qui me tient à cœur. Je l’ai déjà abordé d’une façon beaucoup plus libre dans mon premier roman. Pour ce qui est d’Affaires Nocturnes, le sujet sera certainement plus frontal.

 

Quoi qu’il en soit, je suis quelqu’un qui a grandi en campagne profonde. Les histoires de mes parents résonnent encore à mes oreilles, celles de personnes exprimant pleinement leur méfiance de l’autre et des étrangers. Un sentiment que j’ai jugé et que je juge encore.

 

Après avoir passé quatre ans en Indonésie, je me suis sentie comme l’étrangère. Cette personne qu’on regardait de travers. Certes, la vision du « blanc » en Indonésie n’a rien à voir avec la vision que certains peuvent avoir pour toute personne qu’ils considèrent comme étrangère à la « culture française »

 

Cela reste un sujet qui m’intrigue et que j’avais envie d’étudier avec un minimum de profondeur.

Les origines de la peur de l’autre

Alors, tout d’abord, je me dois d’être franche. J’ai longtemps pensé que l’exemple même de l’homme raciste signifiait forcément que c’était un ignorant. Quelqu’un qui n’était jamais sorti de son trou — non pas qu’il l’ait voulu —, qui n’avait jamais entrepris d’aller voir au-delà que le bout de son nez. Je me trompais, et vous aussi.

Les racistes ne sont pas les ignares que vous croyez

 

C’est en découvrant La Mécanique Raciste de Pierre Tevanian que je me suis interrogée sur mes propres préjugés. Ce qui relevait du lieu commun pour lui, ne l’était certainement pas pour moi. Il expliquait comment le racisme n’est pas une peur de l’inconnu mais bien une peur du « bien-connu ».

 

Qu’est-ce qu’il exprimait par ce terme ? Il faudrait d’abord s’interroger sur l’inconnu. L’inconnu, c’est une réalité qui nous sort de notre zone de confort, celle qui n’a plus de surprise pour nous. L’inconnu est un espace où il nous arrivera d’éprouver toute une palette d’émotions. Cela inclut de l’appréhension, de la méfiance, certes, mais surtout de la curiosité, de l’amusement, de la fascination, de l’admiration et même de l’enthousiasme.

 

Il vous suffit de penser à un voyage. Je prends ce qui m’est le plus familier ici, mais cela peut être une expérience ou autre chose pour vous. Quand on entreprend un voyage à l’étranger, on appréhende le départ, mais on ne peut s’empêcher aussi d’éprouver de l’excitation à l’idée de découvrir autre chose. Je pense sincèrement que l’être humain est un être curieux, en perpétuelle recherche de changement et de nouveauté.

 

On n’éprouve pas de peur viscérale pour l’inconnu. La peur, elle est agressive, et exclusive, celle d’avoir affaire à quelque chose qui nous menace. Cela implique d’avoir connu cette peur par le passé. Comme l’exprime La Mécanique Raciste :

 

« La phobie raciste est en d’autres termes la peur de ce qui est déjà connu — et identifié à ce titre comme menaçant. »   

Les causes du racisme

 

Attention, cependant, le racisme ne se construit pas forcément sur une expérience personnelle où on a été menacé et/ou attaqué par le passé. Non, ce serait trop simple…

 

Cette impression de savoir n’insinue en rien le fait que la personne raisonne de manière fondée ou que son savoir soit authentique. La phobie raciste se base souvent sur des fantasmes, des élucubrations. Il peut très bien s’agir ici d’une connaissance ignorante. Comme Socrate l’expliquait de l’ignorance ignorante : « l’ignorance redoublée par l’illusion de détenir un savoir »

 

La phobie raciste repose sur un prétendu savoir erroné ou fantasmé dans lequel les gens pensent sincèrement détenir une vérité. Celle-ci justifierait une suspicion et même une crainte jusqu’à engager des mesures préventives.

 

Je m’explique. Si c’était la simple peur de l’autre, d’un être inconnu, comment justifier que les bouddhistes ou même les Islandais des populations étrangères subissent bien moins cette peur de l’autre que les populations maghrébines qui nous sont bien plus familières dues à notre histoire ?

 

C’est assez simple. En vérité, nous avons un passé commun construit sur des générations et des générations. Il nous a laissé avec une construction culturelle qu’il faut déconstruire en la contrecarrant. 

 

« […] le cerveau d’un Français est tout sauf une table rase : il est au contraire encombré d’une multitude de savoirs qui circulent et se transmettent de génération en génération, de toute une pseudo-science trafiquée, tronquée et idéologie, de toute une « culture coloniale » qui donne à chacun l’assurance d’être en terrain connu. »
La Mécanique Raciste

Un patrimoine culturelle qui colle à la peau

 

La peur de l’autre n’a rien d’un comportement naturel. C’est la construction d’un patrimoine qui continue de nous coller à la peau. C’est une culture qui, s’est formée au fur et à mesure des années par l’intermédiaire de lois, de productions savantes ou pseudo-savantes, d’enquête journalistiques, de discours… jusqu’à orienter les regards.

 

On peut dire ce que l’on veut, qu’on le veuille ou non, nous sommes tous conditionnés d’une certaine manière par notre environnement. On est influencé par nos parents, nos amis, nos connaissances. Dans un sens plus large, nous sommes même influencés par la société qui nous entoure.

 

Pour vous donner un ordre d’idée, on peut croire ce qu’on veut. La publicité télévisuelle n’existe pas dans le seul but de vous empêcher de regarder d’une traite votre série préférée. Elle est là pour vous influencer, vous pousser à acheter tel ou tel objet. Imaginez des années d’influence et de concentration sur un domaine bien particulier.

 

La Mécanique Raciste donne un exemple du voile. C’est déroutant de découvrir depuis quand la vision négative du voile remonte dans notre histoire (1865).

La culture de la différence

Je me souviendrais toujours d’une phrase de ma mère. Celle-ci remonte à des années, et je ne sais pas si elle s’en souvient. Quand j’étais petite et passionnée de danse classique, ma mère s’arrangeait toujours pour que nous puissions nous rendre à l’Opéra de Paris au moins une fois par an pour voir un ballet.

 

C’était nos petits week-ends à nous. Un jour — samedi ou dimanche, je ne me souviens pas de la date avec précision —, alors que nous prenions le thé dans un café parisien, nous observions les passants. Ma mère a alors dit : « Paris, c’est formidable, il y a tellement de diversité dans cette ville, elle est tellement cosmopolite. »

Le racisme comme le créateur de différence

 

Différence. C’est difficile de vraiment définir ce terme. La différence, c’est souvent l’un des argumentaires utilisés quand on parle de racisme, comme quoi la différence cultive le racisme.

 

Pourtant la différence, elle est omniprésente, elle existe dans une multitude et une variété démesurées. Que ce soit au niveau de notre physionomie, notre genre, notre métier, notre caractère, nos goûts esthétiques, nos choix politiques et j’en passe.

 

La peur de l’autre se focalise sur un aspect, elle construit la différence négative : celle qui exclut et rejette. Il n’y a jamais eu d’état initial qui pourrait justifier une quelconque raison au racisme. Pourquoi cultiver la différence de couleur de peau sur celle du caractère d’autrui ? Il n’y a pas de raison évidente à celle-ci, c’est une orientation.

La reconnaissance de notre différence

 

Pourtant dans toute sa diversité, la différence devrait être vue comme une force, comme quelque chose que nous devrions cultiver. On a pourtant tendance à s’impliquer dans une logique de suppression ou d’oppression plutôt que d’expansion.

 

J’exprimais déjà cette idée dans mon article sur la laïcité. Alors que l’idée première de la laïcité était de permettre à tous d’exprimer et de pratiquer sa propre religion sans risque d’oppression, on en est venu à la supprimer explicitement du domaine public. Elle est reléguée comme s’il était un parent malade dans ce qu’on appelle la sphère privée. Est-ce toujours une liberté quand on ne peut exprimer sa religion là où on le souhaite ?

 

La peur de l’autre, bien sûr, cela englobe la religion pour une grande part, surtout en France, et les événements récents ne vont pas en faveur d’une acceptation de l’autre.

 

Il n’empêche, on tend toujours à vouloir aplanir notre société, la lisser comme si nous pouvions tous être similaires. On ne lutte pas contre le racisme en affirmant qu’il n’y a pas de différence mais en les reconnaissant justement.

Envie de découvrir mon premier roman Trois Empires — Éveil ?

La différence comme force

 

Je reviens au commentaire de ma mère. Il résonne encore dans ma tête des années plus tard. Peut-être même une vingtaine d’années plus tard, je ne peux pas dire que je ne suis pas reconnaissante d’avoir entendu celui-ci enfant. Cela m’a permis de voir le monde d’un œil différent.

 

Pour moi, la différence est une force, une qualité première qu’il faut cultiver. Alors certes, cela ne veut pas dire oublier les inégalités qui existent entre les « blancs » et les « non-blancs ». Elles sont toujours présentes et il est important de permettre une reconnaissance de celles-ci pour peu à peu les réduire et que chacun repose sur un même pied d’égalité.

 

Cependant, je pense aussi que c’est une vision qu’il faut adopter, apprécier votre différence et ne pas s’arrêter à l’handicap ou à la difficulté qui pourraient accompagner celle-ci toute votre vie. C’est la manière de vous tirer une balle dans le pied. En se focalisant sur ce que vous considérez comme un handicap, celui-ci ne s’en ira pas, il s’accentuera.

La réinsertion du conflit

Si vous me connaissez, vous comprendrez combien cela peut sembler incroyable que je vous parle de conflit comme une bonne chose. Je suis la dernière personne à aimer les conflits et les oppositions frontales. Je me suis tout de même améliorée en grandissant. Pourtant, ici, le conflit est salutaire.

Le dogme de l’antiracisme

 

La Mécanique Raciste en parlait déjà, et ici je reprends les propos d’un TEDx Talk, que vous pouvait consulter, l’article est vraiment intéressant. L’antiracisme actuel est d’affirmer qu’il ne faut pas avoir peur de l’autre, en utilisant les atrocités commises au cours de la seconde guerre mondiale pour justifier l’horreur du racisme.

 

On prôna le multiculturalisme et la diversité. Pourtant, comme exprimé plus haut, le problème n’a jamais vraiment été l’autre, mais bien plus la violence attachée à cet autre. La peur d’être agressé, ignoré, humilié, etc. Ils sont tous une forme de violence.

 

Cependant, en refusant de mettre des mots sur la peur des gens, c’est aussi un moyen de réprimer cette violence avant qu’elle n’éclate avec bien plus d’impact. La liberté d’expression aujourd’hui ne peut vraiment laisser la place à cette obligation d’accepter cet état de fait culturel.

L’acceptation du conflit

 

Que signifie le terme même de conflit ? C’est assez simple en vérité, il stipule que je me retrouve à faire face à un autre être humain avec qui je peux partager mais dont les valeurs ne sont pas les miennes et que je dois affronter car les siennes vont à l’encontre de ma vision du monde, de mes idées et de ma perception de mon environnement.

 

Cela n’inclut en rien qu’il est la moindre violence dans ce conflit. C’est bien ça toute la subtilité du propos, le conflit dans les relations sociales est là pour éviter la violence, permettre aux gens de s’exprimer. L’acceptation d’autrui ne peut se faire sans quelques conflits.

 

On le voit même à un niveau micro, au sein d’une même équipe de travail, vous rencontrerez forcément des gens avec lequel vous serez en conflit, avec lesquels vous ne partagerez pas l’opinion. Ce n’est pas une mauvaise chose, en général, cela fait avancer le propos.

Tout est une question de communication

 

Vous ne comprendrez pas pourquoi je ris derrière mon ordinateur, et pourtant je suis hilare. Il faut avouer que je suis loin d’être la reine de la communication, bien que je me soigne. Le manque de communication est en vérité la raison première de l’échec dans une relation quelle soit amoureuse ou professionnelle.

 

Pourquoi en serait-il différent au niveau de notre société ? Sans communication, il n’y a pas de conflit, il n’y a pas de préjugés percés à jour, de mises au point, d’éclaircissements en ce qui concerne tel ou tel événement, chacun reste dans sa bulle.

 

On oublie de se préoccuper de l’autre, on oublie de voir ce que pense l’autre, on s’enferme dans une image simplifiée et faussée de l’autre et de ce qu’il pense.

 

Le conflit permet de remettre en place les idées erronées qu’on peut avoir de l’autre, une manière d’étaler les problèmes et de pouvoir même peut-être trouver un terrain d’entente. C’est bien loin de la cocotte minute que peuvent être les non-dits.

Conclusion

Je vous conseille fortement de découvrir la Mécanique Raciste ( je vous mets les références en bas d’article) c’est un essai très intéressant sur le racisme, ses origines et son actualité.

 

Au bout du compte, il est si facile d’avoir des idées préconçues sur tel ou tel sujet, et un petit rappel à Socrate avec l’ignorant qui s’ignore ou encore le mythe de la caverne de Platon étaient tout à fait essentiels pour aborder le problème avec une nouvelle perspective.

 

Bien sûr, je peux toujours vous dire que je conserve mon idée, peut-être, un peu candide que la différence et la diversité sont des forces avec lesquelles on doit s’émanciper et envisager le futur, il en reste que notre passé nous collera toujours à la peau. C’est une dimension dont on doit être conscient et savoir composer.

 

Cela exprime au moins le fait que l’histoire reste essentielle ! Ce n’est pas pour me déplaire. Pour comprendre, celui contre lequel on s’oppose, on doit de s’y intéresser.

 

Pour mieux pouvoir contrer l’argumentaire de son opposé, on doit réfléchir à la manière dont il aborde cette peur de l’autre. Honnêtement, j’étais loin de m’imaginer qu’il pouvait y avoir une dimension culturelle à celle-ci…

 

La Mécanique Raciste de Pierre Tevanian (La Découverte)

Envie de découvrir mon premier roman Trois Empires — Éveil ?