Mille Femmes Blanches

Mille Femmes Blanches de Jim Fergus

Une autre vision de l’histoire américaine

« Ce roman, parfois grave, très souvent drôle, est tout au long des chapitres qui s’égrènent caractérisé par ses accents picaresques. Mille femmes blanches est tout à la fois une formidable ode à la différence, un vibrant plaidoyer pour le respect des cultures alternatives, et un hommage mérité au génie des femmes, si fragiles dans leur apparence et si fortes mentalement. »
Agora

 

J. Will Dodd est un journaliste américain, comme beaucoup, il s’est intéressé à sa généalogie. Il a cherché à comprendre d’où il venait et surtout à mieux connaître sa famille. Parmi son illustre famille, se tient un membre à part, celui qu’on pourrait appeler le vilain petit canard : May Todd.

 

May Todd n’est pas une femme de son époque. Elle est rebelle, prête à se mettre à dos toute sa famille pour vivre en dehors des liens du mariage avec son contremaître. Elle est même prête à porter ses enfants. Ceci lui vaut d’être internée, loin de ses enfants, loin de tous, dans un monde fait de quatre murs.

 

Alors quand May Todd reçoit l’offre de partir épouser un indien avec mille autres femmes comme elle et échapper à son lugubre destin : elle n’hésite pas. Elle fait partie d’un marché. Un marché entre le président des États-Unis : Grant et le chef de la tribu Cheyenne Little Wolf.

 

En échange de mille chevaux, l’Amérique s’engage à fournir mille femmes blanches. Ceci a pour but de régénérer la tribu. Un pacte qui envoie des femmes du XIXe siècle rencontrer ce que tous appellent « des sauvages. »

Un peu plus sur l’auteur et son œuvre

Jim Fergus est un auteur américain. Originaire de Chicago, il se passionne dès son plus jeune âge pour l’ouest américain et notamment ses grands espaces. Professeur de tennis, il finira par se concentrer sur l’anglais et l’écriture. Il publie d’ailleurs plusieurs articles, essais et interviews dans la presse sous la dénomination de journaliste.

 

Il publie son tout premier livre en 1992 : Espaces Sauvages, traitant ses mémoires de voyage et de sport. Son premier roman Mille Femmes Blanches est publié en 1999 aux États-Unis. L’histoire aborde un sujet semble-t-il réel — ce marché entre le président américain et le chef de la tribu Cheyenne. Cependant L’histoire reste une fiction dans sa globalité.

Depuis la publication de Mille Femmes Blanches, Jim Fergus a publié plusieurs romans. Ceci inclut La Fille Sauvage en 2005, retraçant l’histoire d’une jeune Apache, enlevée à sa tribu en 1932. Ses romans suivants se trouvent être Marie-Blanche, paru en 2011, et Crysis en 2013.

 

Finalement, ce sera en 2016, qu’on retrouvera la suite de Mille Femmes Blanches. Celui-ci porte le nom La Vengeance des mères : Les Journaux de Margaret Kelly et de Molly McGill.

Des carnets de voyage

Malgré une préface, le livre se présente comme un journal intime. On suit sans discontinuité les paroles et surtout les pensées de May Todd. On parcourt l’extrême Ouest des États-Unis avec elle. Elle nous transmet ses frayeurs, ses ambitions et ses joies à travers ses carnets. Toute l’histoire est écrite selon le point de vue de cette femme peu ordinaire.

 

Après tout, seriez-vous prêt à vous lancer dans une telle épopée ? Seriez-vous prêt à quitter tout ce que vous connaissait pour rejoindre un avenir inconnu ? Peu de gens serait capable de le faire surtout à cette époque. Elle nous parle d’un univers dont elle n’avait aucune idée, un monde inconnu. On a ainsi droit à de belles descriptions de ce nouveau monde, de la nature surtout.

Au delà des descriptions physiques, elle fait aussi état des émotions qui l’assaillent, et elles sont nombreuses. Quoi qu’il en soit, on peut dire que May Todd ne manque pas d’humour pendant tous ses carnets. Je me suis prise plusieurs fois à rire de ses pensées et de ses perceptions d’autrui.

 

Elle a beau être au centre de ses carnets, elle s’entoure d’une multitude de personnages. Ceux-ci sont toutes ces femmes qui entreprennent le voyage avec elle. On compte ainsi une bigote, une aventurière, une veuve, une déshéritée, une ancienne esclave, et bien d’autres encore. Des personnalités colorées qui égaillent les carnets.

Vers l’inconnu

Je dirais qu’il y a deux thèmes abordés dans le roman, tout d’abord la rencontre entre deux mondes et la découverte de l’inconnu. Ensuite, les femmes. Je vais commencer par le premier. Il y a un attrait dans les mots de Fergus, prendre le parti-pris d’une jeune femme à la découverte du nouveau monde, cela nous permet de nous mettre dans les pas de celle-ci.

 

Nous sommes, de toute façon, bien similaires, puisque nous entrons, nous aussi, dans un monde que nous ne connaissons pas. À travers ses observations, ses peurs et ses découvertes, nous apprenons de nombreuses choses sur ce monde, et surtout sur les traditions indiennes. L’auteur a eu la bonne idée de nous offrir une héroïne, semble-t-il, proche de nos valeurs et de notre vision des choses — surprenant pour une femme du XIXe siècle !

Elle est ouverte d’esprit et prête à apprendre de ce nouveau monde, malgré la barrière de la langue. Il n’y a pas de condescendance dans sa vision des indiens, même si cette impression est bien retranscrite grâce à un autre personnage.

 

Jim Fergus ne dresse pas non plus une vision idyllique des indiens, il nous parle aussi de leurs problèmes, et de leur dépravation avec l’alcool. Un mal apporté par les hommes blancs…

Un choc des cultures

Comme je le disais, nous avons vraiment droit à un choc des cultures entre ces femmes blanches, protestantes, pour la plupart, et catholiques face aux indiens, bien loin de tout monde « civilisé. » Les réflexions de May Todd sont d’ailleurs bien compréhensibles quand elle compare les deux mondes, voyant avec un regard certain, que le monde sauvage n’est peut-être pas plus mal que le monde civilisé.

 

C’est d’ailleurs là que les réflexions de May se font particulièrement drôles quand elle se rend compte que les hommes ne sont pas si éloignés des uns et des autres. Il y a plusieurs réflexions ici et là, que j’ai trouvé particulièrement savoureuses.

J’ai beaucoup aimé aussi la description et l’incidence religieuse dans les pages de May Todd. Jim Fergus n’oublie pas l’importance de la religion, à cette époque. Cela aurait tout à fait pu être véridique quand le gouvernement américain profite de cet échange pour envoyer au sein de la tribu Cheyenne un homme de foi ainsi qu’une vieille bigote. Cette incursion en terres sauvages est une opportunité.

 

Il ne faut surtout pas oublier de convertir les « sauvages » à notre foi, et ne pas laisser ces brebis égarés vendus comme du bétail se détourner de la vraie foi. On voit déjà le conflit religieux s’immiscer bien avant qu’ils aient atteint le camp indien — catholique contre protestant.

La description imagée de l’Amérique sauvage

On retrouve dans les pages de Jim Fergus son amour de son pays et du grand ouest. Cela doit être magnifique de toute façon. Je me rappelle d’un magnifique livre de photographies du grand ouest américain. Un cadeau de Noël, je crois. Je ne suis jamais allée aux États-Unis, un voyage que je ferais sans aucun doute un jour.

 

« Ce qui me pousse à croire que nos cultures, finalement, ne sont peut-être pas si différentes : les femmes font tout le travail pendant que les hommes bavassent. »
Extrait de Mille Femmes Blanches

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Quand ? Aucune idée. Quoi qu’il arrive, ces images, je les revoyais à chaque fois que je lisais les lignes de Jim Fergus. Je voyais ces immenses forêts de conifères, le lac avec son barrage de castors, ces tipis dressés de-ci de-là.

 

Une beauté qu’on découvre à travers les mots de May Todd, elle n’est pas avare de descriptions et d’émerveillements. Ce fut donc une belle réussite ici aussi, une belle manière de nous faire explorer le monde qui le passionne depuis sa plus tendre enfance.

La traite des blanches

Le second thème de cette épopée est sans aucun doute : les femmes. Je parle de la traite des blanches dans mon sous-titres, bien parce que cela semble être le cas ici. De fait, le gouvernement américain a bien pu demander à des femmes consentantes de rejoindre les rangs de ces mille femmes blanches, il les offre contre mille chevaux.

 

Elles sont souvent ce qu’on appelle des « illuminés, » on les dit aliénées ou folles. May Todd ne fait pas exception, elle aussi, est considérée comme excentrique, voir folle, pour avoir voulu vivre en dehors du mariage avec un homme. Une incompréhension pour sa famille mais aussi pour son entourage.

En vérité, Jim Fergus nous parle de ces femmes qui ne se cantonnent pas à ce que la société souhaite faire d’elle, et c’est là aussi que réside la beauté du livre. On découvre l’aventurière, celle qui s’émerveille des oiseaux, des bêtes qu’elle croise et qui tire au fusil bien mieux qu’un homme. Et puis, il y a cette femme, incapable de trouver un mari parce qu’elle est aussi forte qu’un homme, bruyante et sûre d’elle.

 

Ce sont des femmes puissantes, même celle qui se trouve être la fille à papa d’un ancien esclavagiste, ou cette ancienne esclave devenue une femme puissante au sein de sa nouvelle tribu, et celle qui trouve finalement chaussure à son pied dans ce nouveau monde.

Conclusion

Pour conclure, ce fut une agréable lecture, d’autant plus grâce à l’écriture sans complexe de Jim Fergus, ou plus exactement de May Todd à travers ses doigts. Elle est drôle, ironique, cynique et pleine de vie. J’ai adoré sa façon de comparer les hommes, de décrire ces femmes qui l’accompagnaient.

 

Sans se faire l’avocat des tribus indiennes décimées par les maladies, la propagande occidentale ou les guerres, Jim Fergus nous offre une vision de ce monde du grand ouest et la découverte de la culture indienne. Comme, c’est une histoire qui m’intéresse, vous l’aurez compris en lisant l’un des tous premiers articles que j’avais écrit, la culture amérindienne a le don de m’intriguer.

 

Cela explique sans doute mon envie de lire ce livre, bien que je m’étonne de ne pas l’avoir lu plus tôt. Ce fut une belle découverte et j’ai bien l’intention de lire la suite de cette histoire. Même si je comprends que celle-ci ne soit pas la suite exacte de ce premier livre.

 

Je ne peux que vous recommander de lire ces carnets de voyage et découvrir l’univers enchanteur et drôle de May Todd.

 

« C’est plus un portrait de femme à travers une époque et une situation bien particulière »
Tête de lecture

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