Enfant perdue

L’Amie Prodigieuse IV : L’Enfant Perdue d’Elena Ferrante

La fin d’une saga

Pour relire mes chroniques sur mes précédentes lectures de cette saga :

L’Amie Prodigieuse

Le Nouveau Nom

Celle qui fuit et Celle qui reste

L’Enfant Perdue

« …parce qu’Elena Ferrante n’est pas une romancière de l’amour, c’est une romancière de l’amitié paradoxale. » Olivia de Lamberterie, Elle

 

Elena et Lila sont adultes, elles ont des enfants et des séparations à leur actif. Elena s’envole avec son amant Nino pour Montpellier. Elle espère voir sa carrière redémarrer après la parution de son second roman. Sa séparation de Pietro s’annonce difficile et douloureuse, en sachant que ses filles Dede et Elsa devront forcément en souffrir.

 

En parallèle, Lila est toujours installée dans leur ancien quartier avec son fils Gennaro et son ami/compagnon Enzo. Ils ont réussi à quitter l’ombre des frères Solara pour créer leur propre entreprise. Basic Sight leur permet de se construire et de s’enrichir.

 

Après l’enfance et l’adolescence de nos deux héroïnes, l’autrice nous entraîne dans leur vie d’adulte. Leur maturité est accompagnée de toutes les péripéties qu’elles vont continuer de traverser. La vie de deux jeunes femmes n’a jamais été simple. Elle n’a jamais été pleine de sérénité, et elles auront toujours des hauts et des bas.

 

Le tragique n’est jamais loin des deux femmes et même au cours de ce cycle de maturité. On retrouve une histoire contrastée entre des moments d’équilibre et des profonds moments de désespoir. La souffrance n’est jamais loin dans les lignes d’Elena. Même en fin de course, elle nous surprend toujours…

Un peu plus sur l’auteur et son œuvre

Je conclus ici la saga de l’Amie Prodigieuse avec L’Enfant Perdue paru l’année dernière (2018). Vous retrouverez en début d’article les trois liens vers mes précédentes chroniques. Cela inclut l’Amie Prodigieuse, Le Nouveau Nom et Celle qui fuit et celle qui reste. Cette saga suit l’histoire d’une amitié. Suite à la disparition de Lila, son amie, Elena veut garder une part de celle-ci. Elle décide alors d’écrire sur sa vie. Néanmoins, elle écrit aussi sur sa propre vie.

 

L’Amie Prodigieuse est une saga italienne, paru en 2011 sous l’Amica Geniale. Il fut traduit en français au cours de l’année 2014, aux éditions Gallimard. Le dernier volet de la saga — à l’origine de cette chronique — a été précédée par un premier volume. Il est paru en 2011, il porte le nom de la saga. Le Nouveau Nom est paru en 2016, suivi en 2017 avec Celle qui fuit et celle qui reste.

Quant à l’autrice, Elena Ferrante, je vous avais déjà parlé du mystère qui entourait la création de ce roman. Elena Ferrante est un nom de plume. On ne connait pas vraiment l’autrice ou peut-être l’auteur derrière ce patronyme. Pour le moment, il semble que le mystère entoure deux personnes. Il semblerait qu’Elena Ferrante cache l’identité de la traductrice italienne : Christa Wolf ou celle de son époux : Domenico Starnone.

 

À ce jour, l’Amie Prodigieuse est devenu une saga incontournable, traduit en plus de quarante langues. Elle a un lectorat en Europe ainsi qu’en Amérique du Nord.

Une saga qui marque

Et bien, je suis donc arrivée au bout de la saga de l’Amie Prodigieuse. C’est à vouloir qu’il y ait un cinquième tome. Je me souviens de ma mère, elle avait été quelque peu déçue par la fin de la saga. Après en avoir terminé, et en avoir discuté avec elle, je comprends bien son point de vue. La fin est ouverte. Elle nous laisse penser la fin comme on la souhaite.

 

Je ne suis en général pas très fan de ce genre de final. Cependant, pour être honnête, je l’ai trouvée appropriée en ce qui concerne la fin de l’Amie Prodigieuse. Cela ne pouvait pas être une fin complètement heureuse ou tout à fait tragique. Cela n’aurait pas reflété la force de l’œuvre ni le côté grisé que l’autrice nous avait offert tout au long de cette histoire.

Ce fut un voyage extraordinaire pour ma part, un voyage avec une fin en apothéose et qui a marqué très certainement la fin de mon année 2018 et le début de 2019. La force de la saga n’est pas seulement dans le style de celle-ci — qui est juste sublime —, mais dans la puissance de nos deux héroïnes et particulièrement dans les émotions qu’elle nous a transmis.

 

C’est sans doute l’élément majeur de cette saga, le pouvoir des émotions, des introspections de Lena, de sa vision du monde qui l’entoure, de sa violence et de sa transmission dans les pages que nous découvrons. L’Amie Prodigieuse laisse une marque…

Une amitié prodigieuse

Nous avons suivi pendant trois roman l’histoire de cette amitié prodigieuse entre deux petites filles extraordinaires et ce n’est pas dans le quatrième roman que celle-ci va dépérir, quoi que… Déjà dans les précédents romans,  on voyait la relation tantôt affectueuse, co-dépendante des deux jeunes femmes puis leur rage et leur jalousie qui s’exprimaient à travers leurs conflits.

 

Cela ne change pas dans ce quatrième roman, c’est même amplifié avec l’arrivée de leurs enfants du même âge, nés à un mois d’intervalle. La relation des deux enfants développe un peu plus celle des deux femmes, on verra d’ailleurs que le détachement qu’on avait commencé à éprouver dans le précédent volume se développe pour que finalement les deux femmes se retrouvent.

La fin en est d’autant plus intrigante lorsqu’on découvre le final de cette relation entre Lena et Lila. Alors que Lena a tenté pendant des années de repousser Lila afin de ne pas subir sa méchanceté, ce sera finalement Lila qui mettra fin à leur relation pour une raison bien précise.

 

C’est un retour de bâtons finalement, alors que nous avions passé une bonne partie de la saga à découvrir les turpitudes de Lena au sujet de son amitié avec Lila, elle se rend finalement compte que son amie était un point d’ancrage dans sa vie, malgré toute sa méchanceté, toute sa manipulation, elle l’avait tout de même aidée à se dépasser. Les deux petites filles continuant à se tirer vers le haut, même à leur maturité.

L’évolution de nos héroïnes et de leur relation

Au cours des précédents volumes, nous avions déjà pu apprécier une évolution des relations entre nos deux héroïnes, le premier tome décrivant comment elles se tiraient toutes deux vers le haut, le second avec l’évolution sociale des deux jeunes femmes, l’une atteignant une classe plus élevée que la sienne, et l’autre traversant les affres de la lutte ouvrière.

 

Enfin, le troisième tome traitait de cette distance que les deux jeunes femmes prenaient l’une de l’autre, la vie les séparant, l’amour aussi. Lena avait déjà amorcé une lente mise à distance de son univers d’origine, pour finalement revenir aux sources dans ce quatrième roman.

Pourtant, l’amitié des deux femmes allaient trouver une nouvelle mise à l’épreuve au cours de ce quatrième volume, sans doute la plus difficile, et la plus marquante de leur vie. C’est sans doute ce drame non-résolu qui notera le tournant d’une amitié que je pensais indestructible.

 

« Maintenant que Lila s’est montrée aussi nettement, il faut que je me résigne à ne plus la voir. »
Extrait de l’Amie Prodigieuse.

La beauté des émotions

Je l’ai précédemment mentionné mais je pense que la force de l’histoire de l’Amie Prodigieuse réside dans le traitement des émotions des jeunes femmes, enfin surtout celle d’Elena Greco comme elle est l’écrivain de cette histoire. À travers ses mots, elle nous donne un aperçu de son amie Lila, nous recevons ses impressions de plein fouet.

 

Autant le dire, Lena en a beaucoup, sa vie fut bien chargée. Ce fut d’ailleurs une force du livre, nous avons vu Elena grandir, elle fut une enfant introvertie, douée mais toujours dans l’ombre de son amie prodigieuse : Lila. C’est intéressant d’ailleurs, car au cours des pages de l’Enfant Perdue, Lila parte d’Elena en la présentant comme son amie prodigieuse.

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Toutes deux éprouvaient un sentiment d’infériorité par rapport à l’autre. Elena pensait même que tous les écrits qu’elle avait bien pu produire auraient été de bien meilleure qualité si Lila en avait été la créatrice. En comparaison, Lila a besoin de prouver les torts d’Elena quand elle en voit un, elle lui rappelle ainsi à de nombreuses reprises les erreurs qu’elle avait pu commettre avec ses filles.

 

Il y a une compétition entre les deux femmes, et ceux-ci depuis leur enfance, depuis le moment où elles ont commencé à jouer ensemble, depuis le moment où leurs poupées sont tombées dans la cave de leur immeuble.

Les inquiétudes de l’écrivain

Parmi les nombreuses émotions d’Elena, une partie m’a particulièrement intéressée, celle concernant le métier d’écrivain d’Elena. Elle est peut-être un peu naïve en ce qui concerne son travail et l’impact de ses mots sur le monde qui l’entoure. Elle, qui écrit à propos de Naples, n’arrive pas comprendre combien le monde de Lila est bien loin d’une romance.

 

De plus, elle nous parle de son besoin de continuer d’écrire pour exister, des différentes stratégies marketing de son éditeur, et surtout du regard qu’elle porte sur ses œuvres des années plus tard et à travers le sarcasme de ses filles.

J’ai adoré voir la réflexion d’Elena sur son travail d’écrivain et sa vision de son œuvre. Pourquoi avait-elle écrit autant ? Quelles avaient été ses intentions au cours de ses heures de travail ? Qu’avait-elle eu envie de refléter ? Des questions qui avaient été posées quand sa fille avait dénigré sans se rendre compte son travail.

 

« Nous nous sommes donné à nous-nous-mêmes l’autorisation d’être auteur, et pourtant nous nous désolons si les autres nous disent : Ce machin que tu as écrit, ça ne m’intéresse pas, en ça m’ennui, et d’abord qui t’a donné le droit de l’écrire ? »
Extrait de L’Enfant Perdue

Conclusion

J’ai adoré cette saga, du début jusqu’à la fin. Il est vrai que ce sera plus une conclusion pour la saga complète que pour l’Enfant Perdue. J’avais aimé le premier volet de la saga mais je n’avais pas non plus était hypnotisée par celle-ci. J’avais trouvé le livre bon, mais cela n’avait pas été un coup de cœur.

 

Ce fut bien différent pour le second, le troisième et le quatrième tomes de cette saga. J’avais beaucoup aimé le second roman : Le Nouveau Nom avait été une révélation. Celle qui fuit et celle qui reste était tout aussi bon, et l’Enfant Perdue fut un final en apothéose pour ma part.

 

J’ai adoré suivre l’amitié entre les deux femmes, et j’ai adoré découvrir comment l’autrice concluait son histoire autour d’un nouveau roman intitulé Amitié. Au fond, c’était l’histoire d’une amitié, des réflexions d’une femme concernant la relation profonde et intense qu’elle avait lié avec une autre femme, une amie d’enfance.

 

Une relation pleine de compétition, pleine de chaleur et d’amour, mais aussi de frustration et colère. Il n’y a peut-être qu’un petit bémol à cette histoire restant dans le mystère non résolu d’une disparition — tout est dans le titre —, dont j’espérais connaître la conclusion en épilogue… À part ça, si vous n’avait pas lu cette saga, il est encore temps de remédier à cet oubli.

 

« Ce qui est le plus formidable dans cette histoire, c’est que c’est devenu un best-seller mondial dans le monde occidental au moment où beaucoup de gens, à juste titre, parlent de la mort de la littérature ! »
Arnaud Viviant, Transfuge

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