dieux babyloniens

Les Dieux Babyloniens

Une mythologie peu connue en Europe

Ce n’est pas la première fois que je vous parle de mythologie. De fait, je me suis déjà intéressée au cours de cette dernière année aux mythes égyptiens, amérindiens ou encore océaniens. Alors, pourquoi continuais-je à vous détailler la mythologie, et cette fois, les mythes babyloniens ?

 

Honnêtement, j’ai juste l’impression que nous avons oublié à quel point le monde est vaste et diversifié. Certes, il s’est largement réduit depuis des siècles, grâce aux avancées techniques, et aux grandes découvertes. Je pense que nous connaissons notre monde plutôt bien. Tout de même, une partie reste inexplorée : qui connait vraiment le vaste Pacifique ?

 

Néanmoins, notre monde regorge de connaissances et d’histoire qui nous sont inconnues car éloignées. Vous vous rappelez de vos cours d’histoire ? Vous savez le bassin de la vie avec le Tigre et l’Euphrate — actuellement l’Irak ? Je suis pourtant une ancienne étudiante en histoire, mais j’avoue pêcher à ce niveau.

 

Hors, c’est en découvrant un livre de fantasy romanesque de Sherrilyn Kenyon que je me suis interrogée sur ce monde sumérien que je ne connaissais pas. Babylone, forcément, cela me disait quelque chose, mais cela restait une idée confuse au fond de mes pensées. Alors, pourquoi pas explorer cette mythologie ?

Le mythe de la création

Avant de commencer à nous lancer dans le mythe de la création, il faut d’abord que nous retracions rapidement cette civilisation et comment celle-ci nous est connue.

Un peu plus sur cette civilisation

 

Bien que nous parlons ici de mythologie assyro-babylonienne, il faut savoir que celle-ci s’est développée bien avant l’épanouissement de ces deux cités — Babylone et Assour. Dès le IIIe millénaire avant J.-C., il existait déjà une civilisation florissante qui est à l’origine de la mythologie assyro-babylonienne. Cette civilisation s’étendait sur la zone entre le Tigre et l’Euphrate et elle divisait entre deux peuples : les Sumériens et les Akkadiens.

 

Les Sumériens vivaient au sein du pays de Sumer en bordure du Golfe Persique. On retrouvait sur leur territoire les villes de Lagash (capitale) d’Eridou ou encore de Nippour. Selon les historiens, cette peuplade serait originaire d’Asie Centrale ou même des steppes sibériennes.

 

Plus au Nord, vivaient les Akkadiens, peuple sémite sans doute originaire du Nord de la Syrie. Les villes qui se démarquaient étaient, bien entendu, Babylone, mais encore Agadé ou Sippar. La religion répandue dans cette contrée semblait être une religion sémite adoptée par les Sumériens.

 

Ceci n’est pas totalement établi et se base principalement sur le fait que les dieux sont représentés à la manière sémite — barbus et chevelus —, lorsque les Sumériens étaient plutôt glabres. Néanmoins, la ville sainte de la région était Eridou en territoire sumère.

Les dieux primodiaux

 

A l’origine des mythes assyro-babyloniens, on retrouve une entité primordiale : l’eau. Elle apparaît sous deux formes : l’eau douce (Apsou) et l’eau salée (Tiamat). Elles sont véritablement à l’origine de tous les êtres. Comme beaucoup de religion de l’antiquité, la terre était plate, la religion babylonienne ne dénote pas. La terre était un plateau rond encerclé par un abîme empli d’eau (Apsou)

 

Le plateau rond était bordé par les montagnes qui supportaient la voûte céleste alors que Apsou était à l’origine de toutes les sources provenant du sol. En comparaison, Tiamat était la personnification de la mer, cet élément féminin qui donnât naissance au monde.

 

On compte aussi parmi les dieux primordiaux Lahmou et Lahamou, les deux premiers-nés, un couple de serpents monstrueux qui sont, eux-mêmes, à l’origine d’Anshar — principe mâle —, et Kishar — principal femelle —, métaphore et représentant du monde céleste et du monde terrestre.

Le chaos créatif

 

Le monde babylonien naît du chaos. La source de cette mythologie provient principalement d’une série de sept tablettes de la bibliothèque d’Assourbanipal, et du poème de la création. Pourquoi disais-je que le monde babylonien s’est formé à partir du chaos ? En vérité, c’est le triomphe de Mardouk sur Tiamat qui est à l’origine du monde.

 

Comme précédemment mentionné, Tiamat (la mer tumultueuse) et Apsou (la source primordiale) donnèrent naissance à Lahmou et Lahamou qui eux-mêmes engendrèrent Anshar et Kishar. De l’union de ces derniers dieux naquirent les grands dieux : Anou le puissant, Bel-Mardouk, Êa à la vaste intelligence ou encore les Iggi peuple du ciel et les Anounnaki, peuple de la terre et des enfers.

 

Les nouveaux dieux troublaient la paix d’Apsou qui s’en plaint à Tiamat : « Durant le jour, je n’ai pas de repos, et la nuit je ne puis dormir » Les deux dieux primordiaux complotent ainsi contre les nouveaux mais Êa déjoue leur plan en s’emparant d’Apsou. Tiamat est furieuse et décide de combattre les nouveaux dieux grâce à une armée de monstres de son cru commandée par Qingou.

 

Devant une telle fureur, les dieux se succèdèrent pour apaiser Tiamat sans succès jusqu’à Mardouk « Le fils qui dilate son cœur » qui devient l’autorité suprême. Il combat Tiamat et la tue avant d’utiliser son corps pour créer le monde.

 

Ce qui est intéressant dans le mythe babylonien, c’est que l’humanité n’est pas la dernière création des dieux comme dans beaucoup de mythologies. Elle survient, en vérité, avant la création des grands fleuves, de la végétation, et même des animaux. Une certaine originalité du propos.

Les divinités assyro-babyloniennes

Comme beaucoup de religion à cette époque, nous avons affaire à une religion polythéiste. Plusieurs dieux se partagent ainsi le monde et règnent sur leurs domaines. Ils évoluent au fil du développement de la société humaine.

La représentation des dieux en Babylone

 

Les dieux babyloniens ont d’abord été considérés comme des forces intangibles, créatrices du monde et souveraines. Peu avait une individualité ou même un sexe bien défini. De fait, dans les premiers temps de la religion babylonienne, les peuples faisaient référence aux dieux en leur ajoutant le nom de « Nim » qui signifie Dame.

 

Il arrivait aussi que les dieux puissent supporter les deux sexes comme ce fut le cas d’Enlil « père et mère qui crée lui-même ». Cependant, les dieux furent tout d’abord représentés de manière symbolique, on leur associait l’emblème de leur fonction. Par exemple, le dieu de la forêt était représenté par un arbre quand le dieu de la montagne était représenté par une roche, et ainsi de suite.

 

Puis, on leur adjoint une représentation animale, comme pour Mardouk qui devint le taureau noir de l’abîme. C’est plus tard que les dieux babyloniens prirent une forme humanoïde. Au fur et à mesure de l’évolution de la civilisation, leur représentation changea jusqu’à devenir quasi identique à celle des humains avec pour seule différence leur taille et leur royauté.

 

Ils semblaient devoir faire face aux mêmes problèmes que l’homme : crise familiale, conflit, politique, vivant comme les rois de l’époque dans leur résidence céleste. Le polythéisme babylonien rassemblant une kyrielle de dieux, les théologiens officiels de Babylone, fixèrent de façon quasi définitive la hiérarchie des dieux en imposant deux triades, celle des grands dieux et celle des dieux-astres.

La triade des grands dieux

 

La triade des grands dieux rassemblent Anou qui gouverne le ciel, Bêl qui préside la terre et Êa qui maîtrise l’élément liquide.

Anou

 

Anou est le dieu suprême par excellence. Il est celui que les divinités honorent comme un père, et auprès duquel elles se réfugient quand un danger les menace. Il apparaît aussi comme le représentant de la justice, et réunit ainsi les différents pouvoirs de la souveraineté. Les étoiles représentent son armée ; on les appelle les « soldats d’Anou »

 

Anou reste pourtant dans le ciel, sa résidence, il ne descend jamais sur terre et sort rarement d’une immobilité majestueuse. Il peut bien présider aux destinées de l’univers, comme il a peu d’influence sur les affaires humaines, son culte fut supplanté par d’autres dieux sans perdre de sa vénération.

Bêl

 

Comme ce dernier préside le monde terrestre, il est ainsi plus impliqué. On le connaît sous un autre nom, celui d’Enlil. Ce dernier était à l’origine le dieu de l’ouragan dans le pays de Sumer. Il devint le dieu Bêl après que le peuple de Babylone ait annexé les divinités de Sumer. Bêl signifiant « Seigneur »

 

Alors qu’Anou préside le destin de l’univers, Bêl est chargé de fixer les destins du monde au sein de son assemblée de dieux, bien que la décision suprême lui revienne :

 

« La parole de Bêl est un souffle, l’œil ne la voit pas — Sa parole est un déluge qui s’avance qui n’a pas de rival, — Sa parole sur les cieux en repos fait reposer la Terre ; […]
Sa parole, lorsqu’elle marche humblement, elle détruit la contrée, — Sa parole, lorsqu’elle marche grandement, accable les maisons, elle fait pleurer le pays ! […]
À sa parole les cieux en haut se calment d’eux-mêmes… »
Extrait des Tablettes.

 

Êa

 

Dernière entité de la triade, son nom signifie « maison de l’eau ». Cependant, Êa n’est pas une divinité marine comme Poseidon chez les Grecs. Comme nous avons pu le voir précédemment avec son enlèvement d’Apsou, le domaine d’Êa est la nappe d’eau douce qui entoure la terre et lui sert de support.

 

Les eaux d’Apsou répandant sur la terre l’abondance, la fertilité ; elles sont la source de toute sagesse et de tout savoir. Êa apparaît aussi comme étant le dieu du savoir, grâce à sa grande sagesse et sa grande intelligence. On le vénérait particulièrement à Éridou, où, on disait, il avait élu résidence.

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La triade des dieux-astres

 

L’autre triade qui a une grande importance au sein de la mythologie babylonienne et celle des dieux-astres. Ils représentent le soleil, la lune et de la planète Vénus.

Sîn

 

On commence par le dieu de la Lune. Il est considéré comme le plus important des trois dieux.  Sîn est représenté comme un vieillard — bien loin de la représentation qu’en fait Sherrilyn Kenyon dans ses livres — à la longue barbe lapis-lazuli. Les babyloniens le voyait apparaître sur sa barque, naviguant dans le ciel nocturne prenant parfois la forme d’un croissant lunaire puis d’un disque lumineux.

 

Ses métamorphoses successives donnaient à Sîn un caractère mystérieux. Mardouk, le dieu créateur avait aussi choisi de lui adjoindre la division du temps.

 

Shamash

 

Il est le dieu du Soleil. Le chemin du dieu se faisait toujours des monts de l’Est par où il apparaissait en ouvrant la porte de l’Orient avant de redescendre vers la grande montagne de l’Ouest pour pénétrer dans les profondeurs de la terre. Les attributs de ce dieu étaient principalement la vigueur et le courage, puisqu’il triomphait de la nuit.

 

Cependant, l’attribut principal qu’on lui donne est celui de la justice. Il chasse les ténèbres avec son éclatante lumière : « il brise la corne de celui qui médite le mal. » Il porte ainsi le titre de « juge des cieux et de la terre ».

 

Ishtar

 

Dernière entité de cette triade, elle est soit associée à Anou, soit associée à Sîn suivant les uns et les autres. Elle représente la « déesse des matins et la déesse des soirs ». Elle est sans doute l’une des figures les plus marquantes du panthéon assyro-babylonien et la personnification de la planète Vénus.

 

C’est une personnalité complexe qui parfois est présentée comme étant la déesse de la guerre ou la déesse de l’amour. Elle fut d’ailleurs la déesse la plus populaire d’Assyrie et de Babylone. Son influence se ressent aussi chez la déesse phénicienne Astarté et même chez l’Aphrodite grecque.

Les autres entités mythiques

Il y a bien d’autres dieux que ceux des deux triades. Ils sont nombreux, mais ici, nous allons nous intéresser à deux types d’entités que nous ne pouvons pas oublier au sein de la mythologie babylonienne, ce sont les génies et les héros.

Les génies

 

Juste en dessous des dieux, on retrouve les génies. Ils participent activement à leur nature et partagent surtout certaines de leurs prérogatives. On les appelle aussi les Outoukkou. Ils se divisent en deux groupes : les bons et les mauvais. Cela me rappelle une récente chronique que j’ai faite sur deux ans, huit mois et vingt-huit jours.

 

Les génies se mêlent bien plus à la vie humaine que les dieux. Ils pouvaient jouer le rôle de protecteur comme c’était le cas pour les shedou ou lamassou. Ils défendaient alors les êtres humains contre les puissances mauvaises, et attiraient les faveurs divines. Invisibles mais présents, ils restaient aux côtés des hommes pour les prémunir des problèmes : « Celui qui n’a pas de dieux lorsqu’il marche dans la rue, le mal de tête le couvre comme un vêtement. »

 

À l’opposé, on retrouve les mauvais génies qui sont, tout d’abord, les âmes des morts qui n’ont pas de sépulture ou qu’on a négligés : edimmou. Leur but est de se venger et de tourmenter les vivants. On peut facilement les apaiser en leur offrant un repas funèbre. Ce qui n’est pas le cas d’autres génies provenant du monde inférieur. Leur but est d’accabler les hommes (maladies, crimes, désunion, famine…)

 

« Mauvais alou, détourne ta poitrine pour t’en aller
Ô habitant des ruines, va-t’en à tes ruines ;
Car le grand seigneur, Êa, m’a envoyé :
Il a bien arrangé son incantation pour ma bouche,
Il a confié à ma main le réchaud pour les Sept suivant les saintes ordonnances. »
Extrait des sept tablettes.

Les héros

 

Comme toute mythologie, La civilisation assyro-babylonienne n’en est pas dénuée. Ils sont bien analogues aux héros de la mythologie grecque, souvent mi-divins, mi-humains. On parle ici de personnages légendaires qui ont eu des relations directes avec les dieux ou ont effectué des aventures mythiques. On retrouve parmi eux, Etana, Adapa et surtout Gilgamesh. Je vais me concentrer sur ce dernier.

 

Il est sans doute l’un des plus fameux, puisqu’il fait l’objet d’un poème, chef-d’œuvre de la littérature babylonienne : Celui qui a découvert la source ou celui qui a tout vu (VIIe siècle av. J.-C.) Loin d’être un personnage imaginaire, Gilgamesh semble avoir été un roi du pays de Sumer. Il entreprend de nombreuses aventures, un peu dans l’esprit des douze travaux d’Hercule, avec son compagnon Ekidou. On le connaît aussi pour avoir refuser les avances d’Ishtar, et pour avoir traverser nombres d’aventures.

Conclusion

Il y a bien une volonté de découvrir d’où viennent les personnages d’un roman que j’ai lu quelques années plus tôt, mais il y a aussi une histoire qui me revient d’un précédent article : La Terre-Mère. J’ai pensé que ce serait un bon moyen de retrouver les origines d’Apsou et de Tiamat.

 

Bien sûr, les similitudes sont nombreuses avec d’autres religions et d’autres mythologies. Comme dans de nombreuses histoires, on retrouve le fameux Déluge, comme quoi, il faut bien penser que tous ces mythes sont une inspiration de la réalité. Vous imaginez une terre recouverte d’eau ?

 

Il y a tout de même une chose qui m’a particulièrement étonnée dans la mythologie babylonienne, et celle-ci s’apparente à la création de l’humanité. Alors que cette dernière survient régulièrement au cours de la dernière étape de la création du monde, cette fois-ci, elle précède celle de la végétation, des animaux, etc.

 

Une originalité qu’il serait intéressant de creuser. Je vais sans doute continuer ma découverte de la mythologie, il y en tellement et c’est vraiment passionnant de retrouver les similitudes et les différences à des milliers de kilomètres de distance.

 

Mythes et Mythologies, Félix Guirand et Joël Schmidt, Larousse In Extenso, 2008.

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