Cassandre le vampyre

Cassandre — Chapitre 2

Bonjour à tous ! 

 

Voici la suite des aventures de Cassandre, je vous laisse découvrir le deuxième chapitre de cette nouvelle que j’ai commencée en début d’année. Si vous n’avez pas lu le premier chapitre de celle-ci, vous pouvez la découvrir ici ! 👈

 

Bonne lecture !

Chapitre 2

Cassandre avait toujours eu du mal à se contenir. En général, il se devait de laisser un peu de sang dans les veines de ses victimes. Cette fois-ci, il but jusqu’à la dernière goutte de ce puissant nectar. Il avait étudié suffisamment sa proie pour savoir que personne ne s’intéresserait à son sort.

 

Il se doutait que la police croirait découvrir le corps sans vie d’une serveuse quelconque, attaquée par un vicieux ou un voleur. Ce dernier, lorsqu’il aurait compris qu’elle n’avait rien, lui aurait coupé la gorge en conséquence. Telle serait les conclusions de l’enquête. Il y avait de faible chance que les officiers aillent chercher plus loin et, surtout qu’ils vérifient qu’elle avait été drainée de son sang.

 

Le corps mou toujours entre ses bras, Cassandre essuya sa bouche d’un revers de manche et laissa tomber doucement le cadavre au sol, parmi les rats et les cafards. Cassandre nettoya son coutelas sur le pull de la jeune femme et le rangea dans sa poche. Il observa un moment sa proie, avant de s’éloigner sans un mot.

Il retraversa la ruelle et reprit son chemin parmi la foule de passants. Ceux-ci parcouraient l’avenue sans un regard ou une pensée pour la petite impasse, d’où venait d’émerger un homme en costume sombre, un sourire ironique sur les lèvres.

 

Cassandre se sentait ragaillardi, plein d’énergie aussi. Certes, ce n’était pas un grand cru, ni le meilleur repas qu’il ait eu en un mois. Comme il s’en était douté, la nicotine avait alourdi le sang, lui donnant quelques maux de ventre, rien de bien méchants, pourtant. Il savait qu’il avait bu en excès, mais c’était si tentant qu’il n’avait pu y résister.

 

La jeune femme était si désespérée, si insignifiante, cela avait été si facile de prendre cette vie, sans que personne ne s’en rende compte, sans que personne ne puisse rien y faire.

Il marcha lentement, circulant entre les petits groupes de personnes, trop occupés par leur conversation ou leur téléphone portable. Cassandre n’y accordait pas non plus d’importance. Il s’avançait vers son endroit préféré : le bord du fleuve.

Il adorait cette partie de la ville. La longue esplanade qui longeait le fleuve jaune, était l’endroit idéal comme lieu de réunion des groupes d’adolescents. Ils pouvaient s’asseoir sur les bancs, rêver à des jours meilleurs, discuter de leurs ambitions, et s’entraîner à glisser sur leur skateboard.

 

C’était aussi l’endroit idéal pour les familles ; elles pouvaient circuler sans craindre que leurs enfants se rendent sur le large boulevard. Les rambardes les empêchaient aussi de tomber à l’eau. Les petits garçons et petites filles s’élançaient alors sur leurs patins à roulettes ou leur vélos, faisant rechigner certains passants.

Cassandre s’avança jusqu’à la rivière et scruta le quartier des affaires en face de l’esplanade : les hauts buildings multicolores qui illuminaient la nuit. Il y avait une telle modernité dans leur construction et une beauté aussi. Après une brève observation, Cassandre se retourna vers le parvis. Accoudé à la rambarde, il regarda une petite fille passer sur son tricycle rose. Elle releva les yeux vers lui et, après un instant, lui sourit dévoilant un trou béant au milieu de ses dents.

 

Cassandre lui rendit son sourire et suivit celle-ci alors qu’elle s’élançait comme dans une course contre la montre face à un inconnu. Les lèvres toujours étirées, Cassandre plissa les yeux, cherchant les parents de l’enfant. Ils étaient proches d’elle, poussant devant eux, un large landau ; le père ne perdait pas sa fille de vue.

 

Une moue sceptique aux lèvres, Cassandre reprit sa contemplation du monde qui l’entourait. Après le fast-food qu’il venait de dîner, il aurait aimé goûter à un met de choix. Quoi de mieux qu’une petite fille dont le sang était pur de toutes les pollutions que les humains étaient amenés à consommer au cours de leur vie.

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Il est vrai que Cassandre aimait privilégier les enfants quand il le pouvait. Pourtant, il était difficile d’en enlever un sans qu’un avis de disparition ne soit diffusé. Il était un temps où il était si facile de faire disparaître un bambin sans qu’on s’en aperçoive ou qu’on s’en émeuve.

 

Ce n’était plus le cas. Cassandre arrivait parfois à attraper une telle proie, mais cela se raréfiait. Une autre solution avait été de privilégier la piste des adolescents. Au moins, certains n’étaient pas aussi assujettis à la surveillance de leurs parents. C’était une alternative idéale pour Cassandre ; leur jeunesse permettait de conserver une certaine fraîcheur et pureté à leur sang, sans les problèmes que Cassandre aurait rencontrés s’il s’était attaqué à un enfant.

 

Il aimait se promener sur l’esplanade, c’était sans doute le meilleur endroit pour choisir une proie. Il était rare que Cassandre se lance après une jeune fille sur un coup de tête, comme celle de l’allée. Non, il adorait planifier ses attaques et ses repas, passer un peu de temps à surveiller ses victimes, à les comprendre, à découvrir leurs petits travers, à connaître leurs trajets quotidiens pour les surprendre au moment le plus propice.

 

Cassandre repéra sans tarder un groupe d’adolescents aux vêtements atypiques. Il leur donnait une quinzaine d’années, les jeunes filles riant aux blagues de leurs camarades masculins. Un sortait, néanmoins, du lot. Il était un peu à l’écart des autres, vêtu d’un treillis et d’un t-shirt noir qui semblait assez miteux. Les cheveux rasés sur les côtés du crâne, une crête s’élevant au-dessus de sa tête, il avait le regard plein de rage.

 

En pleine crise d’adolescence, Cassandre devinait que l’homme en voulait à la terre entière. Il avait ce regard, celui d’un incompris, d’un jeune garçon perdu dans cet univers. Cassandre plissa les yeux, il avait trouvé sa cible. Facile à tracer, facile à comprendre aussi.

Il resta à regarder le groupe d’adolescents, changeant parfois d’emplacements pour empêcher qu’on le remarquât ou qu’on le repérât. Il devait éviter que le jeune homme se doutât que quelqu’un l’observait.

Le groupe d’adolescents resta encore quelques heures sur l’esplanade, certains occupaient à s’embrasser, d’autres à s’entraîner à glisser sur leur planche. Le jeune homme au treillis toujours assis, discutant parfois avec l’un de ses amis. Il se décida au bout d’un moment à quitter la promenade, et Cassandre s’apprêta à le suivre.

 

Il n’en eut pas l’occasion. Une douleur pénétrante lui perça le crâne. Elle était si forte, si intense et si oppressante que Cassandre resta un moment le souffle coupé. Il se retint comme il put à la rambarde sur le fleuve jaune. Le corps plié en deux, il sentait son sang bouillir pour la première fois en des siècles ; il éprouva la contraction de son cœur sous la souffrance.

 

Sa gorge se serra sur un cri inaudible alors que son attitude commençait à attirer l’attention de certains passants de l’esplanade. Cassandre aurait voulu retrouver la clarté de ses idées, mais il en était incapable. Son esprit se fixait sur son calvaire qui lui vrillait les tripes ; il s’étouffa presque sur le sang qui perlait aux coins de ses lèvres.

 

Il était incapable de comprendre ce qui lui arrivait ni de voir le monde qui l’entourait alors. Quelqu’un tenta de le retenir et il le repoussa violemment, répandant un cri de stupeur sur les abords du fleuve. Tombant à genoux, la main toujours pressée contre son ventre, Cassandre crachait du sang, un sang noir et visqueux. Sa tête tournait sur elle-même, au point qu’une mosaïque de couleurs restait son seul ancrage.

Il s’affaissa, les couleurs se transformant peu à peu en un trou noir et opaque.

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