Cassandre chapitre 1

Cassandre — Chapitre 1

Bonjour à tous ! 

 

C’est une nouveauté, nouvelle année = nouvelle idée !

 

Je me suis dit que ce serait intéressant de tenter l’aventure de la nouvelle, et je vous offre celle-ci en exclusivité ici-même. Alors oui, bien sûr, c’est du fantastique, et je posterai sans doute un chapitre par mois. Ce sera à vous de voir, pensez-vous que je devrais poster deux chapitres par mois ?

 

À vous de me le dire… En attendant, cette nouvelle suit le parcours sombre et violent d’un vampire : Cassandre.

Chapitre 1

Comme souvent un vendredi soir, les rues de la métropole étaient saturées. Saturées de voitures, saturées d’êtres humains, saturées d’échoppes vendant sur le bord de la route des brochettes de toutes sortes, des soupes au poulet ou encore des nouilles sautées. Il était facile de se perdre dans le brouhaha citadin.

 

Surtout lorsque vos sens étaient bien plus développés que la moyenne humaine. Tous ces sons, tous ces cris, toutes ces alarmes étaient accompagnés des rires, des paroles et des hurlements de rage des êtres humains. Et, ces bruits se mêlaient au son imperturbable des battements de cœur. Le sang montant et descendant rapidement dans les veines et les artères qui reliaient entre eux les organes que formaient le corps humain.

 

Tout ce sang, ce liquide rougeoyant, tantôt d’un rubis cramoisi, tantôt d’un ponceau écarlate qui se répandait en un flux discontinu dans chaque être vivant qu’il croisait. C’était une tentation constante, un bassin de glucose, de chaleur et d’énergie auquel il était difficile de résister.

 

Pourtant, Cassandre ne le voyait pas ainsi, pour lui tout ce monde qui l’entourait était une véritable zone de confort, un vivier, un terrain de chasse : son territoire. Pour lui, c’était un petit paradis dans lequel il évoluait depuis presque une centaine d’années. Cassandre s’était même demandé pourquoi il n’avait pas rejoint cet environnement idyllique plus tôt. En fait, il savait très bien pourquoi.

 

Cent ans plus tôt, la cité était loin d’être aussi fleurissante, aussi développée et aussi vivifiante. Il y a une centaine d’années, il aurait été incapable de passer inaperçu parmi les badauds aux tenues identiques et aux faciès similaires. A présent, la ville était bien plus cosmopolite qu’elle l’avait été. Il n’avait aucun mal à faire croire qu’il était un homme lambda perdu au milieu de cette fourmilière humaine.

 

Il avait trouvé son chez-soi, la ville qu’il pouvait désigner comme sienne. Marchant au milieu de la foule, il se réfrénait d’afficher son habituel sourire en coin lorsqu’il croisait le regard des jeunes filles et de certains hommes. Cassandre savait que son physique était attrayant, c’était la nature même de son être. Le charme, même la beauté qu’on lui associait lui permettaient d’atteindre ses proies avec une plus grande facilité.

 

En pensant à une proie, il sentait la faim l’assaillir à nouveau. Pouvait-on parler d’appétit ou plutôt de soif ? Une soif insatiable qu’il lui fallait étancher sans interruption. Cassandre savait que celle-ci pouvait être mesurée, il était même possible de s’en affranchir complètement, mais cela n’avait jamais été l’objectif de Cassandre.

Cassandre avait pris le parti-pris d’embrasser son existence pleinement. S’il avait soif, il buvait, s’il avait envie de sexe, il trouvait une partenaire ou un partenaire, s’il avait envie de massacre, il tuait. C’était ainsi qu’il avait vécu au cours de ce dernier millénaire, et il avait bien l’intention de continuer sur cette voie encore longtemps.

 

Un pouls différent attira son attention. Il y avait un certain désespoir dans celui-ci, une rage aussi. Cassandre changea de direction, il suivit avec lenteur les bruits des battements de cœur qu’il entendait. Ils le menèrent dans une ruelle séparée des grands boulevards où se bousculait la population quotidienne.

 

S’enfonçant entre les immeubles de six étages pour la plupart, longeant des murs de brique, Cassandre sentait son univers se resserrer autour de lui. Un monde plus sombre et aussi bien plus familier que les habituelles rues bondées d’êtres humains dans lesquelles il circulait. Ces ruelles étaient moins fréquentées, et elles lui permettaient un repli certain dans le cas de complication.

 

Parfois, elles offraient aussi de belles surprises ; comme en cette nuit, alors que Cassandre se faufilait telle une ombre entre les poubelles et les détritus qui jonchaient la rue. Avec sa vision surnaturelle, Cassandre pouvait détailler chaque occupant de ces lieux, qu’il soit humain ou animal.

 

Il n’eut aucun mal à voir, au fond du cul-de-sac une jeune femme en train de fermer la porte d’une petite échoppe. Petite et brunette, elle était maigre, la peau du visage légèrement luisante de graisse, les yeux fatigués et désespérés. Rien qu’au soupir qu’elle poussât et aux épaules tombantes qu’elle arborait, Cassandre devina qu’elle venait de passer une mauvaise journée.

 

Caché dans les ombres de l’allée, Cassandre observa le legging taché de la jeune femme, son pull effiloché qui devait être d’un beau rouge par le passé, ses cheveux gras attachés en un chignon emmêlé sur le sommet de son crâne. Elle n’avait pas plus de trente ans, encore assez fraîche pour devenir un repas conséquent. La teinte de sa peau grisâtre et les tâches jaunâtres au bout de ses doigts indiquaient qu’elle fumait, et peut-être même en abondance.

 

Cassandre eut une légère moue dubitative, il n’était pas un fanatique de ce goût caractéristique de nicotine que prenait le sang d’un fumeur. Pour être honnête, Cassandre n’avait pas envie de faire la fine bouche, cette proie était trop parfaite, éloignée des grandes artères de la ville, sans défense et particulièrement désespérée.

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La jeune femme s’énervait contre la porte qui se fermait mal. Elle s’énervait contre les poubelles qui empuantissaient l’allée, contre les quelques rats qui courraient de-ci de-là, ou encore contre les cafards qui grouillaient à ses pieds. Cassandre observa sa proie.

 

Elle avait sans doute rêvé d’une vie meilleure, elle ne s’était certainement pas vue comme une simple serveuse de baotzu, perdue dans la cohue de la métropole. Elle avait peut-être imaginé devenir une actrice ou encore une chanteuse qui deviendrait célèbre. Les quelques marques qu’il distinguait sur ses mains et ses jambes, Cassandre devinait que la jeune fille n’avait pas toujours été une citadine.

 

Non, son teint devenu grisâtre gardait un voile parcheminé qui signifiait qu’elle avait dû vivre du travail en campagne. Ses mains étaient abîmées à cause de la coupe des herbes hautes. Ses mollets portaient encore la trace de brûlure des feux maîtrisés pour la destruction des plantations malades.

 

Il le voyait dans sa manière de se déplacer, elle avait perdu depuis longtemps l’espoir qu’on attachait souvent à cette ville. Elle s’était débarrassée de ses illusions, réduisant ses aspirations à ce travail sans objectif et médiocre dans lequel elle devait maintenant stagner.

 

Cassandre se détacha des ombres s’approchant de la jeune femme, alors qu’elle s’apprêtait à rejoindre l’avenue principale. Elle sursauta quand elle découvrit Cassandre se dressant devant elle. Il n’eut aucun mal à distinguer la peur dans ses yeux, et le regard furtif qu’elle lança à droite et à gauche dans l’espoir que quelqu’un d’autre soit présent.

 

Il n’y avait pourtant personne. Avant qu’elle ne prenne la décision de crier pour demander une aide inutile, Cassandre parla. Il avait depuis longtemps appris le langage du pays, après tout une centaine d’années, c’était suffisant pour apprendre une langue étrangère, aussi difficile soit-elle.

 

Comme il s’y était attendu, le fait de parler et surtout d’utiliser sa langue rassura la jeune femme qui serra tout de même contre elle le sac qu’elle portait. Elle eut un faible sourire et répondit à sa question d’une voix flutée. Cassandre lui demanda une direction comme s’il était un simple passant égaré.

C’était une excuse idiote, et le froncement de sourcil qui agitât le haut du visage de la jeune femme indiqua combien elle trouvait celle-ci étrange. Alors qu’elle avait un temps retrouvé un semblant de calme, la suspicion ne tarda pas à animer ses traits.

 

Comment un étranger à son monde pouvait-il parler aussi bien sa langue ? Et surtout, comment un étranger avait-il pu croire qu’une ruelle obscure allait-elle pouvoir le mener vers sa destination ?

 

Cassandre avait toujours aimé s’amuser quelque peu avec sa nourriture avant de prendre ce qui lui était dû. Il ne put s’empêcher de sourire quand l’effroi traversa bientôt le visage de la jeune femme et qu’un faible cri s’échappa de sa bouche. Sans attendre, il l’interrompit avec rapidité en attrapant violemment son cou, bloquant le hurlement qu’elle s’apprêtait à relâcher au fond de sa gorge. Il repoussa le corps de la femme contre le mur le plus proche, caché derrière les nombreuses poubelles qui encombraient la ruelle.

 

Avant qu’elle ne puisse réaliser ce qui lui arrivait, Cassandre sortit un coutelas courbe de sa poche et trancha vivement la carotide du cou de sa victime. Il se jeta ensuite sur la plaie pour aspirer le précieux liquide. Il aurait préféré transpercer la fine membrane de peau qui le séparait des vaisseaux sanguins, mais il se devait d’être prudent.

 

Malheureusement, en milieu citadin, la marque de dents laissée sur une victime amènerait de nombreuses questions, alors qu’une gorge tranchée, la cité était dangereuse, et les meurtres possibles. La jeune femme essaya mollement de se défendre mais le sang coulait trop vite, Cassandre était trop fort pour elle.

 

Peut-être n’avait-elle pas non plus la volonté de résister ? Ses mains qui s’accrochaient comme elles pouvaient aux épaules de son assaillant finirent par descendre sur les avants-bras de Cassandre. Le flot de vie s’échappant doucement de la plaie, Cassandre se gorgea d’énergie.

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