amie prodigieuse 3

Celle qui fuit et celle qui reste d’Elena Ferrante

Les imbroglios de l’amour

«Personne, comme elle, en trois volumes de plus de 500 pages chacun – le quatrième pour moi reste à découvrir- ne sait en épouser les méandres, en scruter les abysses, en éclairer les ambiguïtés, sans lasser, sans se répéter, sans tricher surtout. » Critique de babelio

 

Lenù vient de publier son premier roman. Inspiré de ses expériences personnelles, le récit osé semble diviser la critique autant que ses « amis » et connaissances dans son quartier natal de Naples. Encensée et reconnue pour son talent, Lenù gravite dans un monde qui la réjouit et l’émerveille.

 

Elle retrouve son ami d’enfance Nino Sarratore et découvre l’univers de son fiancé Pietro Airota. Tout cela l’emmène bien loin de son quartier, de sa famille et même de son amie de toujours : Lila. Lila, quant à elle, a bien du mal à joindre les deux bouts avec son protecteur et ami Enzo.

 

Ils vivent dans la misère. Elle éduque son fils Gennaro. Elle tente de survivre entre l’usine de salaisons aux conditions difficiles et leur cours par correspondance pour comprendre le langage informatique. Lila se retrouve, bien malgré elle, mêlée aux premiers conflits opposant les groupes communistes aux facistes.

 

C’est dans une Italie perturbée par les conflits sociaux et l’instabilité politique qu’on retrouve les deux héroïnes de l’Amie Prodigieuse.

Un peu plus sur l’auteur et son œuvre

Celle qui fuit er celle qui reste est le troisième volume de la série L’Amie Prodigieuse. Ce volume est suivi par un dernier tome paru en 2018 : L’Enfant Perdue. Elena Greco conte l’histoire à la première personne du singulier. Son objectif est de parler de son amie de toujours Lila qui disparaît en début de série.

 

Paru en italien sous le nom de l’Amica Geniale, le roman est publié au cours de l’année 2011. Il sera traduit et proposé au marché français au cours de l’année 2014, aux éditions Gallimard. Les différents volets de la saga suivront au rythme d’un par an. Le Nouveau Nom en 2016, Celle qui fuit et celle qui reste en 2017 et enfin l’Enfant Perdue en 2018.

Je vous avais déjà parlé du mystère qui entoure l’autrice : Elena Ferrante. C’est un nom de plume, tout d’abord, mais on ne sait rien sur l’autrice. On ne sait même pas si c’est un homme ou une femme. Certains pensent qu’il pourrait s’agir de Anita Raja, traductrice italienne de Christa Wolf. D’autres croient que cela pourrait être son époux : Domenico Starnone.

 

Devenue une saga incontournable, l’Amie Prodigieuse est traduit en plus de quarante langues. Elle a acquis un large lectorat en Europe et en Amérique du Nord.

Une amitié qui s’effiloche

Après avoir suivi Elena et Raffaella durant leurs jeunes années, Celle qui fuit et celle qui reste suit les deux jeunes filles devenues femmes. Chacune sont devenues adultes. Chacune ont leur travail, leur couple, leur problème quotidien et une amitié qui s’effiloche peu à peu.

 

Elena avait déjà commencé à s’éloigner du monde dans lequel elle avait grandi avec Raffaella. Son amie n’ayant jamais vraiment pu quitter ce monde véritablement. On retrouve pourtant Lila dans un autre quartier de Naples. Elle s’use à travailler dans une entreprise de salaisons tenue par un ami de son ancien amant Nino.

Elena, quant à elle, expérimente la vie milanaise et la vie florentine. Elle apprécie la reconnaissance de ses pairs, l’intelligence qu’on lui prête et surtout la ferveur que suscite son livre et aussi ses articles. Tout cela est bien loin de la vie de Lila.

 

Dans le second roman, on voyait déjà que la relation entre Elena et Lila s’effaçaient peu à peu. Néanmoins, cela se faisait de manière plus diffuse. Cette fois-ci, les deux jeunes femmes ont grandi. Elena est moins timide quant à ses impressions et ses sentiments vis-à-vis de son amie.

 

Le conflit entre les deux femmes s’intensifie. Ce qui avait été une rivalité de culture, de milieu social et de liaisons amoureuses, continue au cours de ce livre pour atteindre son paroxysme en fin de roman.

Deux mondes qui s’affrontent

A travers les deux jeunes femmes, c’est aussi deux mondes qui s’affrontent. D’un côté, on a Raffaella qui travaille comme ouvrière dans une usine, subit les avances de ses collègues et de son patron, vit comme elle peut dans un appartement miteux, alors qu’elle a quitté son mari avec son enfant.

 

De l’autre, on a Elena Greco qui, après être née dans un milieu populaire, a su grimper les échelons de la société pour devenir la coqueluche — un temps — du monde littéraire et de la haute société génoise et milanaise. Grâce à son mariage, c’est un peu une consécration qui attend Elena. Une consécration pour combien de temps…

Finalement au bout du compte, c’est un intéressant état des lieux que nous propose l’autrice. D’un côté, en début de roman, on voit une Elena indépendante, qui s’émancipe face à une Lila à bout de souffle et de fatigue, incapable de supporter plus longtemps le rôle qu’on veut lui faire prendre au sein de son usine.

 

On ne serra pas surpris de découvrir que la situation de nos personnages est loin d’être fixée dans le temps et que finalement on retrouve Elena s’enlisant dans une situation d’épouse insatisfaite, lorsque Lila finit par enfreindre ses propres valeurs.

Un arrière plan chaotique

L’autrice n’aborde jamais véritablement l’arrière plan dessiné auparavant. J’ai beaucoup aimé la métaphore qui planait sur le livre. En vérité, les conflits sociaux et politiques qui semblent agiter l’Italie au cours des années 60-70 sont la parfaitement représentation des conflits qui existent entre Elena et Lila.

Elena, notre narratrice, est particulièrement éloignée de tous les problèmes que connait l’Italie. Il est vrai qu’elle est rappelée à l’ordre par deux fois, grâce à Pasquale et Nadia puis grâce à Lila, mais finalement, les conflits qu’elle prend très à cœur en début de roman finissent par l’ennuyer.

 

La vie si équilibrée d’Elena, cette vie studieuse et organisée qu’elle avait appris à construire et nous présenter au cours des premiers romans se rompt. La vie d’Elena si bien structurée se fait aussi chaotique que l’environnement politique dont elle s’émeut peu.

La perte d’inspiration après un premier roman

Comme exprimé précédemment, l’univers d’Elena s’effondre peu à peu au cours de ce roman. C’est assez intéressant de voir le parcours de la jeune écrivaine et surtout la page blanche qui suit son premier roman. La jeune femme tente bien d’écrire autre chose mais elle a l’impression que son inspiration vient uniquement de son amie Lila.

 

C’est intéressant de voir à quel point Elena se sent inférieure à son ami Lila alors qu’elle a pourtant fait des études et qu’elle a publié un livre ; ce livre dont elle rêvait toutes les deux. Elle reste pourtant bien incertaine sur la suite à prendre. Le succès de son roman disparait peu à peu, et elle se retrouve à attendre les coups de téléphone de ses contacts avant que ceux-ci se tarissent.

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Bien que ce soit un thème abordé un peu en retrait des pensées et réflexions d’Elena, j’ai été intéressée par la façon dont la jeune femme abordait ce sujet, comme Marcus Goldman dans la vérité sur l’affaire Harry Québert. On retrouve le même thème, celui du sujet qui intéressera autant l’auteur que le lecteur.

 

Bien entendu, il y a un autre sujet que la jeune femme aborde. Son syndrome de la page blanche s’explique aussi par le manque de support de son mari et son absence de contentement au sein de sa vie familiale. 

La critique de la bonne épouse

Ce que j’ai découvert dans les pages d’Elena Ferrante, c’était principalement une critique de la bonne épouse. Elena s’engouffre dans un mariage qui semble compromis bien avant qu’elle ne s’unisse avec Pietro Airota. Dans le précédent volume, Pietro semblait réticent à l’idée de voir Elena publier son premier roman.

 

Au cours de leur mariage, la situation ne semble pas changer et certainement pas pour le mieux. Elle perd peu à peu l’intérêt pour les livres et les études qui l’avaient pourtant amenée si haut. Elle perd le goût d’écrire, et surtout, son mari ne la pousse pas à entreprendre plus. Il semble se contenter de la laisser à sa vie d’épouse.

Une situation qui ne convient pas à Elena et dans laquelle elle restera pourtant plusieurs années après deux naissances. Rien d’étonnant ainsi à la situation à laquelle nous arrivons en fin de livre. Elle semble être une répétition d’une histoire passée, et pourtant, cela semble déterminant à Elena pour s’émanciper du carcan dans lequel on l’avait enfermée.

 

« J’étais fière de mon parcours et des qualités dont j’avais fait preuve, et me refusais à croire que mes efforts avaient été inutiles, pour ne pas dire imbéciles. »
Extrait de Celle qui fuit et celle qui reste

Conclusion

J’avais adoré le deuxième volume Le Nouveau Nom d’Elena Ferrante. Alors que le premier roman j’avais accroché mais sans plus, le deuxième avait été une véritable révélation. Le troisième ne démérite pas. Il est même excellent. J’ai été emballée par l’histoire et la crise d’Elena Greco.

 

À travers les pensées d’Elena, ses impressions sur la vie de Lila et son sentiment, j’ai adoré suivre ses aventures. Il est vrai qu’il manque toujours une part de l’histoire ici, puisque nous avons que les réflexions d’Elena et non celles de Lila. Il y a beaucoup de non-dits dans l’histoire des deux jeunes femmes, et finalement ce livre se révèle être bien plus l’histoire d’Elena ici.

 

C’est étrange de voir comment cette histoire qui était censée être à la base l’histoire de Lila a finalement changé pour devenir l’histoire d’Elena dans ce troisième tome. Et c’est assez étrange de retrouver des similitudes entre les vies des deux jeunes femmes à quelques années de différence.

 

J’ai hâte de lire le dernier volume de cette saga, même si on m’a dit que la fin était assez décevante, j’essaie de ne pas me laisser influencer.

 

« Quel bonheur que cette plongée au coeur de l’Italie du Sud des années cinquante! La parole est donnée à Elena, que l’on avertit de la disparition de son amie, Lila, âgée de 66 ans. Une facétie de plus, une de trop de la part de cette rebelle de naissance. C’est pour cette raison qu’Elena décide de cocher sur le papier l’histoire de cette amitié étrange. »
Critique Babelio

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