oceanie

7 caractéristiques des mythes de l’ océanie

Retracer la mythologie du Pacifique

L’Océan Pacifique, ce nom ne sonne-t-il pas comme exotique à vos oreilles? Il faut dire que c’est si éloigné de nous. Déjà que les pays d’Extrême-Orient nous attirent rien que par leur notion d’éloignement, le Pacifique semble inaccessible.

 

Nous avons pourtant de nombreux DOM et TOM dans cette région. Tahiti ou encore la Polynésie Française, même ces îles ont leur part de mystère. Pour ainsi dire, je ne parle même pas de leur culture mais surtout de la mythologie. Celle qui a bercé le passé de ces îles pour forger leur présent.

 

Contrairement à la mythologie qui a bercé le bassin méditerranéen, celle du continent que l’on appelle l’Océanie est aussi dispersée et confuse que les multiples îles qui la composent.

 

De fait, suivant les îles, les dieux ont des fonctions différentes ou portent des noms différents. Par exemple, aux îles Viti, Ngendei est le support du monde. Il est à l’origine des tremblements de terre quand il change de position. Pourtant, dans les îles polynésiennes, Mafuike représente le créateur du monde et des hommes.

 

Il est donc difficile de définir à proprement dit la mythologie océanienne au sein d’un continent aussi morcelé. Je me concentrerai sur les sept caractéristiques qui représentent les mythes océaniens.

1 — Une religion iconodule

Comme pour les religions antiques et polythéistes, la mythologie océanienne s’appuie sur plusieurs dieux, certaines divinités sont anthropomorphes. Ce sont souvent les grands dieux polynésiens qui héritent de cette forme ou encore les esprits protecteurs comme en Nouvelle-Guinée.

 

D’autres divinités prennent l’apparence d’animaux, qu’on ne peut ni classer par espèces ou par tailles. Les requins sont particulièrement présents dans la mythologie des îles Viti ou encore à Tahiti. Ils représentaient souvent divers dieux de la mer.

Parmi les animaux qui peuvent caractériser un dieu, on retrouve les serpents, les anguilles particulièrement en Nouvelle-Zélande et les lézards. Ces derniers sont l’incarnation de Tangaroa aux Samoa. Il y a aussi les souris, les grenouilles, les mouches, les papillons, les sauterelles ou toutes sortes d’oiseaux. Le phaéton particulièrement à Tahiti représentait les divinités de l’air. Les animaux sont extrêmements présents dans les légendes du Pacifique, tout comme dans les légendes amérindiennes.

 

Les divinités pouvaient aussi prendre l’apparence d’animaux plus puissants. Tinirau, en Nouvelle-Zélande, était le protecteur du prince, il avait la forme d’une baleine.

 

Aux côtés des dieux anthropomorphes ou zoomorphes, les météores s’assimilent aussi à des esprits ou des dieux. Dans le détroit de Torres, on associait les étoiles filantes à de mauvais esprits. Les îles Viti en comparaison, associaient les comètes aux enfants de Ngendei, le créateur de leur monde.

2 — L’absence de providence

Cette représentation précédente des dieux du pacifique avait des caractéristiques similaires aux dieux des religions romaines ou grecques qu’on a pu découvrir au cours de notre enfance.

 

Cependant, une des caractéristiques océaniennes qui s’éloigne notamment de ces religions antiques aussi bien que des religions monothéistes que nous connaissons aujourd’hui, c’est l’absence complète de providence dans la mythologie du Pacifique.

 

Aucune entité océanienne ne possède un pouvoir total sur l’univers. Chaque divinité a un rôle extrêmement limité, avec un pouvoir sur une partie bien spécifique de la nature.

 

On peut diviser ce panthéon en trois grandes catégories. Il y a tout d’abord les divinités créatrices ou directrices. Elles peuvent être le ciel, le soleil, la lune, la mer, la terre etc…

Ensuite, les divinités secondaires, elles régissent une région restreinte. Cela peut être aussi bien une région géographique qu’une infime partie de la nature comme une simple plante.

 

Enfin, il y a les divinités qui ont un rôle bien plus important. Elles ont une influence sur la destinée des hommes, en bien comme en mal. Ces divinités peuvent être attachées seulement à un individu, à une famille, à une tribu ou encore à une situation, à une occupation ou une profession.

 

Pour vous donner un exemple, Tu était la divinité qui présidait la guerre dans l’ensemble de la Polynésie. Hina, la divinité représentant la Lune, avait comme attribution l’ensemble des occupations féminines.

 

Comme pour les religions passées, les divinités faisaient l’objet d’un culte quand on attendait quelque chose d’elles. Etrangement, aucun culte n’était dédié aux grandes divinités comme celles qui représentaient le ciel ou encore la création du monde.

3 — Les Mânes

Dans les faits, les peuples de l’Océanie accordaient bien plus d’importance aux divinités qui avaient vécu à une époque plus ou moins passée à l’état d’hommes avant de devenir les mânes.

 

Les Mânes se regroupent en deux catégories. Les Mânes des morts ordinaires, qui n’ont un rôle divin que parmi les descendants. Et, les Mânes des morts célèbres. Ils ont réalisé des exploits durant leur vivant, et sont depuis devenus des héros.

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L’un des plus connus est Maui en Polynésie. Selon les mythes océaniens, il aurait fait surgir diverses îles du fond de la mer en les pêchant, ou il aurait aussi forcé le Soleil à ralentir sa marche, ou encore il aurait apporté le feu sur terre.

 

Ce sont surtout les Mânes que les peuples du Pacifique vénèrent et craignent. Cette crainte et ce culte se rattachent à la conception de l’âme chez les océaniens.

4 — La survie de l’âme

La conception de l’âme chez les Polynésiens et les autres peuples du Pacifique est semblable à nos conceptions courantes sur les âmes des morts. Ils considéraient qu’on liait le corps à une substance différente, une sorte de doublure assimilée au reflet en Nouvelle-Calédonie.

 

Selon les mythes, cette substance se détachait du corps parfois durant le sommeil et surtout à la mort de l’être humain. Suivant les lieux, cette substance pouvait être plus ou moins immortelle. Par exemple, en Nouvelle-Zélande, elle pouvait survivre plusieurs morts partielles avant de finalement subir un anéantissement total.

Qu’importe les croyances, cette substance se séparait du corps pour expérimenter une existence indépendante, souvent analogue à celle des vivants.

 

Elle pouvait parfois survivre dans les environs de son séjour terrestre, près du lieu de sa sépulture ou parfois dans un autre monde. En Nouvelle-Calédonie, elle pouvait survivre alternativement dans le monde des vivants et cet autre monde.

5 — Le cycle de la vie

Ce monde dont on a parlé dans la partie précédente pouvait être atteint après un long voyage comprenant deux parties : l’un sur terre, l’autre de la terre à l’autre monde. C’est un classique de la mythologie, on retrouve ce voyage aussi dans la mythologie grecque et romaine.

 

Pour revenir aux mythes océaniens, ce qu’on appellera “l’âme” avait le choix à la fin de son voyage terrestre, un choix cornélien qui pouvait empêcher définitivement son retour à la vie.

 

L’autre monde avait une localisation variable, le plus souvent situé à l’Ouest, mais on le place parfois sur terre, sous terre, ou encore dans la mer, et enfin dans le ciel. Suivant les conceptions des différents peuples océaniens, la localisation de l’autre monde différait.

Le point où le soleil se couche, passant du ciel à la terre puis sous la terre ou la mer pouvait représenter l’intersection entre le monde céleste et le monde inférieur. Par exemple en Nouvelle-Calédonie, les peuples plaçaient l’autre monde vers le Nord-Est, et le considérait comme le bout du monde.

 

En ce qui concerne la vie posthume des “âmes”, elle n’était que la répétition de la vie terrestre. Comme dans d’autres croyances, l’autre monde offrait aux “âmes” l’abondance et les plaisirs de toutes sortes. Cependant, malgré ces agréments, la vie posthume ne valait pas la vie terrestre.

 

Les « âmes » regrettaient la vie terrestre au point d’éprouver une jalousie pour ceux encore vivants. Ils suscitaient ainsi la terreur même pour ceux qu’ils aimaient pendant leur vie. C’est une contradiction dans le culte des Mânes dans la mythologie océanienne. Ils les considéraient à la fois comme des esprits protecteurs qui leur apportaient conseils, assistance et protection, mais aussi comme des esprits jaloux et malveillants.

6 — Concept évolutionniste du monde

La grande différence que l’on rencontre dans les peuplades du Pacifique, par rapport aux mythes judéo-chrétiens ou encore dans les tribus du sud-est de l’Australie, ce sont les mythes cosmogoniques. Alors que ces derniers les conçoivent selon le type créationniste, où une entité crée chaque partie du monde, les mythes cosmogoniques océaniens répondent à un type évolutionniste.

 

Les dieux ne sont pas les créateurs du monde et de l’univers mais un des éléments qui le composent. Ils ont la même origine, à savoir une sorte de néant dont toutes choses émergent.

 

Ce néant ou chaos évolue graduellement pour offrir une lumière croissante, la chaleur, la matière et la forme, puis ensuite le Ciel et la Terre. C’est une conception évolutionniste, et on la décrit aussi comme généalogique. Chaque phase de la création du monde est vécue comme une étape, une phase de développement personnifiée à travers un être descendant du précédent.

 

Tout comme à Hawaii, où la mythologie a une variante évolutionniste, avec un vide ténébreux d’où sont sorties toutes choses, résultant des débris d’un monde antérieur.

7 — L’importance de la mer

En dernière caractéristique, la mer est d’une importance capitale pour la population insulaire. On la présente souvent comme un fait primitif auquel on ne cherche pas d’explication.

 

Cependant, on retrouve quelques mythes expliquant l’origine de la mer. On lui attribue une source divine, résultant de la sueur de Taaroa dans ses efforts de création — ce mythe est surtout présent dans la mythologie de Polynésie centrale et occidentale. Aux îles Samoa, on associe son existence à l’éclatement de la poche à encre du poulpe primitif.

Certaines cultures comme en Baining, Nouvelle-Bretagne ou encore certaines parties des îles Samoa, la mer apparaît comme postérieure à la terre. Elle n’aurait été qu’une petite quantité d’eau salée gardée précieusement. Elle attira la convoitise et quand on tenta de l’enlever, l’eau se répandit, produisant une inondation. Ce mythe ressemble étrangement au Déluge des mythes judéo-chrétiens.

Conclusion

Pour conclure, ces mythes étrangers et exotiques sont loin de ressembler à ceux que nous connaissons bien, particulièrement avec notre connaissance judéo-chrétienne. On retrouve certains mythes qui semblent avoir été retranscrits, sans qu’on ne puisse savoir lesquels sont apparus en premier.

 

Il est difficile de connaître tous les mythes qui ont animé les vies des peuples du Pacifique, ces derniers sont tellement dispersés et diversifiés qu’il est facile de s’y perdre.

 

C’est souvent à travers les mythes et leurs légendes que les peuples ont construit leur culture et leur art. Les peuples du Pacifique n’y ont pas échappé.

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